Des taux d’intérêt faibles, c’est bon pour l’économie

Ça clashe
Sélection abonnés

Phénomène d’aubaine en apparence, la baisse des taux peut induire une croissance artificielle et inciter les États à creuser leur dette.

Le taux d’intérêt est le prix à payer par un ménage, une entreprise ou un État lorsqu’ils empruntent de l’argent pour consommer ou investir. C’est aussi la rémunération des prêteurs. Ce prix oriente les décisions des offreurs et des demandeurs de capitaux, avec des conséquences positives comme négatives sur la croissance économique et l’emploi.

A priori, avec des taux faibles, le coût du crédit est faible et les emprunteurs sont plus nombreux. La consommation augmentera, la demande d’immobilier sera plus forte, les PME pourront investir et innover plus facilement. C’est pourquoi, dans des situations de récession et de chômage, la théorie keynésienne préconise une politique monétaire de relance avec des taux d’intérêt très faibles afin d’encourager le crédit, de solvabiliser la demande et ainsi de stimuler la consommation, l’investissement, et in fine, la croissance et l’emploi.

Subprimes et crise grecque

Toutefois, ce regain de consommation profitera aussi aux importations et la production intérieure ne sera pas fortifiée. La hausse des prix de l’immobilier résultant du crédit facile peut aussi neutraliser la faiblesse des taux et freiner l’accès à la propriété, notamment pour les primo-accédants. De même, des projets d’investissement risqués et à la rentabilité aléatoire vont voir le jour.

Des bulles spéculatives se forment, via la hausse des prix des actifs financiers et immobiliers. Les risques financiers augmentent. La crise des subprimes fournit un exemple édifiant : lorsque les taux d’intérêt ont augmenté pour contrer l’inflation résultant de la politique de taux faibles pendant toute la décennie 2000, les conséquences systémiques des défauts de remboursement des emprunteurs ont été dramatiques.

De la même façon, les États sont moins enclins à réduire leur dette dont le financement est moins coûteux avec des taux bas, et cela peut conduire à des crises de dette souveraine comme en a connu la Grèce à partir de 2008.

Épargner plus pour dépenser moins

Les épargnants sont aussi des victimes des taux d’intérêt faibles. L’épargne ne rapporte plus rien et pour compenser la baisse du rendement de leur épargne, les épargnants risquent d’épargner encore plus, au détriment de la consommation, notamment lorsque les taux bas résultent de la politique monétaire menée en raison d’une croissance atone et d’une inflation faible. Bref, les bas taux ne sont pas toujours une bonne affaire !