Faux ! "La stabilité des prix, c’est forcément une bonne chose."

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Faux ! "La stabilité des prix, c’est forcément une bonne chose."

Protectrice du pouvoir d’achat, l’inflation zéro est a priori la panacée. Mais elle risque de se muer en une déflation aux effets dévastateurs.

Pendant des années, elle a été recherchée, vantée. Combien de ministres des Finances des années 70 et 80 ont-ils rêvé de ce Graal : la stabilité des prix ?

Aujourd’hui, l’objectif est atteint. En 2020, en France, les prix à la consommation n’ont augmenté que de 0,5 %, selon l’Insee.

Pourquoi ne s’en félicite-t-on pas plus bruyamment ? Parce que finalement, l’idée bien établie selon laquelle l’inflation est néfaste et la stabilité des prix bénéfique est battue en brèche.

Tout est question de mesure. Aucun économiste ne regrette la hausse des prix à deux chiffres. Mais les experts constatent aujourd’hui les effets négatifs d’une hausse des prix si faible qu’elle menace de se muer en déflation (baisse des prix et des salaires).

Quels sont ces effets ? Comme on a pu le voir au Japon, qui connaît depuis près de 30 ans une situation quasi déflationniste, le risque de baisse des prix pousse à retarder les projets de dépenses, de consommation ou d’investissement.

Pourquoi se précipiter pour dépenser puisqu’on paiera moins cher dans quelques mois ? Cette attitude pèse sur le niveau de consommation ou d’investissement, alimentant les tendances déflationnistes. Les entreprises baissent leurs prix pour tenter de capter de nouveaux clients. Un véritable cercle vicieux.

inflation

Attendre les soldes ? C’est de la folie ! Tu veux un effondrement de l’économie, c’est ça ?

En Europe, aucune situation de déflation n’est aujourd’hui constatée. On peut à cet égard saluer l’action de la Banque centrale européenne, qui craint de voir l’économie basculer dans la déflation.

En baissant ses taux d’intérêt jusqu’à pratiquer des taux négatifs, en achetant des obligations pour peser sur les taux d’intérêt à long terme, elle tente de faire remonter la hausse des prix vers un niveau proche de 2 %.

La déflation plombe la dette

La BCE a en tête un deuxième effet dévastateur de la déflation, sur les ménages et les entreprises endettées. Une baisse des prix entraîne nécessairement, après un certain délai, celle des salaires.

Un salarié voyant sa rémunération baisser de 10 % n’a a priori pas de raisons de s’inquiéter pour son pouvoir d’achat, si les prix baissent d’autant. En revanche, sa dette, elle, ne diminue pas.

La charge qu’elle représente va donc peser de plus en plus lourd dans le budget de ce salarié, amputant de fait sa capacité à dépenser.

Au risque de plonger l’économie dans la dépression.