La décroissance, une arnaque économique plus qu'une solution écologique

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La décroissance, une arnaque économique plus qu'une solution écologique

Faire chuter l’activité économique pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ? Une logique imparable, aux effets finalement "désastreux", selon notre Chroniqueur Ivan Best.

En réduisant fortement l’activité humaine, on ferait chuter les émissions de CO2 à l’origine du réchauffement climatique. Cela tient de la tautologie. Mais est-ce possible ? Au sein de la mouvance écologiste, nombreux sont les défenseurs de cette thèse à la logique implacable.

Ces « décroissants » proposent, au lieu d’une croissance de la production de richesse, une décroissance. Chaque année, le PIB serait réduit, avec un effet positif pour la planète. Quelle devrait être l’ampleur de cette baisse ? Peu de chiffres précis sont avancés… car ils autoriseraient des calculs montrant l’inanité de leur théorie.

À lire : Dans la tête du père de la décroissance

Éco-mots

PIB

Le produit intérieur brut (PIB) est défini comme étant la somme des valeurs ajoutées réalisées à l’intérieur d’un pays par l’ensemble des acteurs (plus la TVA et les droits de douane), pour un an, indépendamment de la nationalité des entreprises qui s’y trouvent. En résumé, c’est la richesse produite dans un pays en un an. Son taux de croissance est la mesure phare de la santé économique d’un pays.

Chute du PIB

Seule une forte baisse du PIB, comme en 2020, permettrait, année après année, une réduction des émissions de CO2. Or, quels seraient les effets de ce recul de l’activité ? Et 2020 n’est pas à cet égard un bon exemple, car de nombreuses économies, dont celle de la France, ont été placées sous perfusion publique, ce qui est intenable à long terme.

Baisser le PIB, cela signifie diminuer d’autant les revenus. De tous.
Ivan Best

Rédacteur en chef adjoint de la Tribune

Baisser le PIB, cela signifie diminuer d’autant les revenus. De tous. Des salariés, dont beaucoup deviendraient chômeurs, tandis que les autres devraient accepter de voir leurs salaires amputés. Mais pas seulement. Il faudrait diminuer aussi drastiquement les retraites, puisque les cotisations sociales qui les financent s’effondreraient. Et également revoir à la baisse les remboursements de soins, faute de recettes suffisantes. Est-ce acceptable ?

À lire : La décroissance est-elle possible ?

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Vous allez être content, vous n’êtes pas licencié pour augmenter
les bénéfices, mais pour réduire les émissions de CO2.
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Transition non financée

Quant aux investissements nécessaires à la transition énergétique, comment seraient-ils financés ? Par la dette publique ? Celle-ci deviendrait vite insoutenable, progressant fortement chaque année à la fois en raison d’un déficit grandissant (faute de recettes issues de la croissance) et d’une baisse du PIB : le ratio dette/PIB serait bien le seul à connaître la croissance…

À lire : Jean-Marc Jancovici, « La croissance verte est une lubie d’économiste »

Financer les investissements par l’impôt serait une tentation, mais comment les augmenter alors que les revenus seraient tous en baisse ? On irait tout droit à la révolte fiscale. Comme le disait l’ancien Premier Ministre Michel Rocard, féru d’économie : « Mon intuition, c’est que la décroissance commencerait par intensifier les inégalités et nous conduirait tout droit à quelque chose ressemblant à une guerre civile. »

Sera-t-il possible d'aller vers un monde décarboné ?