La Française des jeux privatisée rapportera-t-elle plus à l'Etat ?

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Julie de la Brosse

C'est un "non" formel pour notre chroniqueuse Julie de la Brosse. Suite à l'introduction en bourse ce jeudi, où le prix de l'action a été fixée à 19,50€ pour le public, on pèse le pour et le contre : la privatisation de la Française des jeux, bonne ou mauvaise idée ? 

En faisant basculer la quatrième loterie mondiale dans le privé, l’État français se prive d’un dividende juteux et prend le risque que ses recettes fiscales baissent aussi.

Les ayatollahs de la privatisation en ont fait leur credo : dans un marché ouvert et concurrentiel, le privé serait toujours mieux armé pour fournir des biens et des services de qualité à moindre coût. C’est ce qui, à la fin des années 1990, a justifié l’ouverture du capital de France Télécom, ou d’Air France. Mais dans le cas de la Française des jeux (FDJ), cette institution vieille de 86 ans, que le gouvernement vient d'envoyer en bourse, l’argument est-il recevable ? Une fois dans le giron privé, la FDJ, qui reste en situation de monopole, sera-t-elle plus performante et, in fine, plus utile à la collectivité ? Rien ne permet de l’assurer.

Vision court-termiste

Quatrième loterie mondiale, et deuxième d’Europe, la FDJ est largement bénéficiaire : l’entreprise qui emploie 2 200 personnes, a ainsi rapporté 170 millions d’euros de résultat net l’an dernier. Surtout, elle fait partie des rares entreprises publiques à reverser près de 100 millions d’euros de dividendes par an à l’État. Sur les 81 entreprises du portefeuille de l’Agence des participations de l’État (APE), elles ne sont qu’une petite dizaine à sortir ainsi du lot.

Dans ces conditions, comment expliquer l’entêtement du gouvernement à vouloir céder ce bijou de famille ? Comme souvent, malheureusement, la raison réside dans sa volonté quasi-obsessionnelle de renflouer les caisses, au prix d’une gestion court-termiste des deniers publics.

Pour les plus optimistes, l’ouverture du capital de la FDJ (la part de l’État passera de 72 % à 20 %) rapportera 1,8 milliard d’euros, de manière aussi immédiate qu’exceptionnelle. Une somme destinée à abonder un fonds, dont les intérêts – seulement – serviront à financer l’innovation. Pas besoin de savants calculs pour comprendre ça : même placé à 3 %, cet argent rapportera moins que les 60 millions d’euros de dividendes dont l’État s'est privé.

Taxes vs imposition

Alors certes, même privatisée, la FDJ continuera d’abonder généreusement le budget de l’État sous forme de taxes. L’an passé, cette manne a représenté 3,5 milliards d’euros. Mais pour certains, c’est là que le pari serait finalement le plus risqué : sous la pression d’actionnaires privés, le gouvernement pourrait être tenté de réduire le niveau d’imposition des jeux. Ce qui n’est pas une bonne affaire pour les comptes publics pourrait alors se transformer en un coupable manque à gagner.

Image : Erik Tartrais

Éco-mots

Privatiser

Transférer au secteur privé une activité ou une entreprise qui appartenait au secteur public.