Le déficit crée de la croissance

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Émilie Lévêque

Quand l’État emprunte sur les marchés, il se retrouve en concurrence avec les entreprises pour lesquelles il devient plus cher d’investir.

Peut-on relancer l’activité en laissant filer le déficit, en baissant les impôts et en distribuant du pouvoir d’achat à crédit ? « Oui », répondait John Maynard Keynes pendant la Grande Dépression des années 1930 en expliquant que les dépenses publiques auraient un effet « multiplicateur » sur la croissance.

Dans les années 1970, en pleine stagflation, la révolution néoclassique a battu cette idée en brèche. En 1975, l’économiste américain Robert Barro explique que le déficit d’aujourd’hui devra être payé un jour ou l’autre et que les ménages, rationnels, le savent.

Ils anticipent que leur surcroît de revenus sera un jour effacé par une hausse d’impôt. « C’est l’effet Ricardo-Barro (ou équivalence ricardienne). Il affirme que le “multiplicateur budgétaire” de Keynes ne peut être que nul à moyen terme », explique Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE.

Commission vs FMI

Peu après la crise de 2008, le consensus consistait à dire : Barro a raison. Car la relance, massive, n’a eu que des effets très temporaires sur l’activité. La polémique du multiplicateur a été relancée lors d’un échange musclé entre, d’une part la Commission Européenne, adepte de la thèse du multiplicateur faible, d’autre part le FMI expliquant que la commission sous-évaluait l’importance du multiplicateur et donc sous-estimait son effet sur la croissance des pays de la zone euro.

Résultat, en imposant une consolidation trop forte trop tôt, la Commission a déclenché une deuxième crise, à l’origine de celle des dettes souveraines en zone euro, en 2012.

L’État et la dette

En résumé, en cas de crise profonde, le multiplicateur est grand et justifie une relance budgétaire. En revanche, en temps normal, une relance est inopérante et la dette ne peut qu’augmenter.

Pour financer sa dette, l’État emprunte sur les marchés en émettant des obligations d’État. Cela provoque un effet d’éviction : les États sont en concurrence avec des sociétés ou des particuliers pour emprunter, alors les taux d’intérêt augmentent du fait de la hausse de la demande sur le marché. Bref, les prêts aux États via les obligations font stagner les investissements dans le secteur privé. Les entreprises se développent moins et la croissance stagne.