En réalité, le dividende ne rapporte pas à l’actionnaire. Ce qu’il recherche avant tout, c’est une plus-value sur son titre. Notre nouvelle chronique détricotant les idées reçues.

Avec la crise, la polémique est revenue au premier plan, avec Oxfam en porte-voix : ces entreprises qui veulent distribuer des dividendes alors même qu’elles se font aider par l’État, voilà qui est scandaleux ! A priori, cette prise de position relève de la logique économique la plus élémentaire. Quand les choses vont mal, que l’État, c’est-à-dire la collectivité, vient en aide à des secteurs entiers, tout le monde doit participer à l’effort, et les plus aisés doivent se serrer la ceinture. Oui, mais… ce raisonnement ne tient pas la route.

La prime à la plus-value

Le dividende est une rémunération logique compte tenu des risques pris. Si l’entreprise fait faillite, son propriétaire actionnaire n’a que ses yeux pour pleurer. Sans aller jusque-là, en cas de tourmente sur les marchés, il peut perdre une bonne partie de son capital. Cela a été le cas en ce début d’année 2020. Et puis le dividende n’est qu’une des modalités de distribution de rémunération aux actionnaires, qui attendent surtout de la plus-value sur leurs titres.

En fait, il est possible de défendre l’idée plutôt contre-intuitive selon laquelle distribuer des dividendes n’enrichit pas plus les actionnaires que si on ne leur donnait rien… Simplement parce que, toutes choses égales par ailleurs, dans l’hypothèse d’une parfaite stabilité des marchés boursiers, quand une entreprise distribue un dividende, la valeur de son titre diminue d’autant.

Si ce n’était pas le cas, ce serait trop facile : tout le monde achèterait une action peu avant le versement du dividende, encaisserait celui-ci, et revendrait le titre après, empochant l’argent sans aucun risque.

Bloquer les profits ?

Quand l’entreprise X vaut 100 euros en Bourse et qu’elle décide de distribuer deux euros de dividende, le titre baisse à 98 euros. L’actionnaire possède donc, après coup, un titre de 98 euros et deux euros de cash, soit un total de 100 euros. Si la même entreprise renonce à toute distribution, son titre reste en Bourse à 100 euros. L’actionnaire ne gagne donc rien quand l’entreprise dont il est propriétaire attribue des dividendes !

Si l’on voulait vraiment « punir » les actionnaires, comme le suggère Oxfam, il faudrait contraindre les entreprises à limiter leurs perspectives de bénéfices, puisque la valeur d’une action est égale à la somme des profits anticipés pour les années à venir. Ainsi, avec un profit bloqué, les actionnaires seraient privés de plus-value. Évidemment, il n’y aurait vite plus aucun actionnaire et il faudrait nationaliser toutes les entreprises.

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Image de "Une" : Florent Menegaux, nouveau president de Michelin. Crédits : Richard DAMORET/REA