L’État, meilleur gestionnaire de long terme ? [Eh non !]

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Martine Peyrard-Moulard

La concurrence contraint les entreprises privées à optimiser le recours aux ressources dont elles ont besoin. C’est une différence majeure avec les entreprises publiques. Mais faut-il vraiment opposer les deux modèles ?

Ils sont nombreux en France à affirmer que rien ne vaut l’État comme pilote de l’économie. Leur argument : il est meilleur gestionnaire que le secteur privé parce que ses décisions ne sont pas soumises aux diktats des actionnaires, à la loi du profit, à la rentabilité financière à court terme. Les privatisations d’ADP (Aéroports de Paris), de la Française des jeux (FDJ), et d’Engie (ex-Gaz de France) contenues dans la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) viennent aujourd’hui ranimer le débat.

Besoins vs rentabilité

On aimerait croire que l’État est le garant de la qualité des services et de l’équité, car la production publique répond à l’intérêt général, se cale sur la satisfaction des besoins de base des citoyens et non sur leur capacité d’achat. Le domaine de l’État, c’est « l’économie des besoins ».

À l’inverse du privé, la rentabilité ne s’impose pas à lui comme critère de gestion même si une réelle autonomie de gestion et une évaluation régulière peuvent l’y contraindre. Le coût du capital est aussi moins élevé pour l’État puisqu’il n’y a pas d’actionnaires à rémunérer. Il y a certes des créanciers à rembourser, mais souvent, les emprunts coûtent moins cher, le risque d’insolvabilité étant plus faible. Les ressources de l’État proviennent des prélèvements obligatoires auxquels nul ne peut se soustraire…

La voie du milieu ?

Tout cela est vrai, mais cette puissance d’État a un coût. Les fonctionnaires, qui représentent au moins 20 % de la population active, sont très attachés à leurs acquis et peu enclins à réduire les coûts, car la concurrence n’est pas leur souci premier.

De même, les entreprises publiques sont souvent en situation de monopole ou de position dominante et même si elles doivent équilibrer leurs comptes et dégager si possible un excédent, leur préoccupation n’est pas d’enrichir leur actionnaire, l’État. C’est pourtant lui qui décide de la « bonne » façon de dépenser l’argent du contribuable… et d’en dépenser beaucoup, la dette publique atteignant presque 100 % du PIB.

Les entreprises privées, elles, sont soumises au bon vouloir des consommateurs. Ces derniers sont libres d’acheter ou pas, la concurrence règne. Performance, efficacité sont donc des critères clés : en matière de coûts (les réduire), de productivité et de compétitivité (les développer), et de satisfaction de la demande (l’optimiser). La sanction du marché est cruelle. Ici, le privé a un avantage incontestable. Mais faut-il vraiment opposer les deux modèles ?

L’économie « mixte » répond : à chacun sa finalité, à chacun ses missions. À l’État, le vrai régalien et l’intérêt général, car l’efficacité ne garantit pas l’équité. Aux entreprises, la gestion des ressources rares. Les deux modèles doivent cohabiter.