Qui paie ses dettes s’enrichit

[Chronique des belles idées fausses]

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Martine Peyrard Moulard

La dette française augmente de 2 665 euros par seconde et atteint, en 2019, 2 360 milliards d’euros, près de 100 % du PIB, soit plus de 37 000 euros par habitant. Faut-il la rembourser ?

Pour faire face à son endettement, un État peut décider d’augmenter les impôts et de réduire les dépenses publiques, mais ces solutions risquent d’être tout aussi dangereuses que l’endettement lui-même.

En effet, quels impôts augmenter ? Quelles dépenses réduire ? Il peut privatiser certaines entreprises, vendre son patrimoine. Mais les revenus qui seront consacrés au remboursement ne seront plus disponibles pour la croissance économique, financer les investissements, les infrastructures ou l’éducation.

Annuler la dette ?

Loin de s’enrichir, le pays pourrait se trouver emporté dans une spirale déflationniste dont il sera difficile de se sortir seul, comme le montrent ces exemples emblématiques : l’Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ou la Grèce, suite à la crise de 2008.

Une partie de leurs dettes a été annulée et ils ont dû faire appel à des garanties institutionnelles. On peut aussi être tenté de monétiser la dette, c’est-à-dire créer de la monnaie et laisser se développer l’inflation pour alléger le poids de cette dette, mais la compétitivité et l’attractivité du pays en subiront les conséquences.

Inversement, ne pas rembourser est risqué. Les futurs prêteurs n’accepteront de prêter qu’en contrepartie de taux d’intérêt plus élevés, incluant une « prime de risque » à la hauteur du risque de défaut possible. Le poids de la dette s’accroît. Et la dette non remboursée continue de courir. Les prochaines générations en hériteront.

Alors, on fait quoi ?

La question est vieille comme le monde. Le code de Hammurabi (1762 avant J.-C.) fait référence à des annulations de dettes pour ceux qui, affaiblis par les remboursements, n’avaient plus que leurs femmes et leurs enfants à garantir comme capital, avant de devenir eux-mêmes « esclaves pour dette ».

Dans la Bible aussi, il est question d’effacement des dettes tous les sept ans ou tous les 50 ans, à chaque jubilé. En réalité, tout dépend du niveau de la dette, de sa soutenabilité financière, économique et sociale et des délais pour la rembourser !