Une monnaie forte, c’est bon pour l’économie

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Martine Peyrard-Moulard
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Les uns glorifient l’euro fort, les autres s’en inquiètent. Certains pays comme l’Allemagne attribuent leur prospérité à une monnaie forte alors que la Chine laisse filer sa monnaie pour soutenir son économie. Le débat n’est pas près de s’arrêter.

C’est quoi, une monnaie forte ? C’est une monnaie dont la valeur est surestimée ou qui est en train de s’apprécier. Dans les deux cas, elle se situe au-dessus de son niveau d’équilibre théorique, un niveau qui résulte de facteurs comme la puissance industrielle ou la puissance commerciale de l’économie. Le solde extérieur (différence en valeur entre les exportations et les importations de biens et de services), le taux d’inflation et le niveau des taux d’intérêt sont des déterminants majeurs du taux de change d’une monnaie.

Gare au déficit extérieur

Avoir une monnaie forte, donc à fort pouvoir d’achat, cela permet d’acheter moins cher des produits importés, le pétrole par exemple. Une facture « allégée » favorise la désinflation. Et si la crainte d’inflation s’estompe, les taux d’intérêt peuvent être plus faibles, ce qui est bon pour l’activité économique, car les emprunteurs, ménages et entreprises, mais aussi l’État, bénéficieront de crédits moins chers. Les entreprises peuvent ainsi réaliser à bon compte des Investissements directs à l’étranger (IDE) et s’internationaliser.

Toutefois, il y a un hic. Une monnaie forte handicape les exportations, devenues coûteuses pour des partenaires à monnaie faible. La production locale va perdre en compétitivité face aux importations, moins chères. Les entreprises perdent des parts de marché et certaines vont même envisager de se délocaliser. Tout cela peut creuser le déficit extérieur.

La France dans un entre-deux

Par ailleurs, les entreprises exportatrices doivent compenser la perte de compétitivité avec des gains de productivité, de l’innovation et des baisses de leurs coûts. L’emploi est souvent la victime de cette démarche. Pour préserver les marges, on embauche moins. La croissance économique peut en souffrir.

Alors, comment décider ? Tout dépend en fait de la spécialisation économique du pays et de son ouverture sur le monde. Une monnaie forte se conçoit si on fabrique des produits de qualité, haut de gamme, innovants… incontournables pour les consommateurs du monde entier. Cette « compétitivité hors prix » ne sera pas rognée par une monnaie forte. Au contraire, le pays va s’enrichir en exportant ses produits technologiques et chers. C’est le cas de l’Allemagne. Inversement, si un pays exporte des produits de qualité moyenne et donc soumis à une forte concurrence par les prix, il a besoin d’une monnaie faible pour rester compétitif. La France, qui exporte à la fois des produits de luxe de très haute qualité et des voitures de moyenne gamme, a un pied dans chaque camp.