"En France, la santé est vue comme un coût. Ailleurs, c'est un investissement."

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"En France, la santé est vue comme un coût. Ailleurs, c'est un investissement."

CHRONIQUE - Les retards français dans la gestion de l'épidémie révèlent à l'internationale la difficulté du pays à imposer son soft-power. Investir dans la santé permettrait de redorer le blason de la France.

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Jean-Marie Colombani, Cofondateur de Slate.fr, ancien directeur du journal Le Monde. Journaliste politique, auteur de nombreux livres, il est le président du comité éditorial et scientifique de Pour l’Éco.

 

Au long de cette interminable crise sanitaire, la France s’est distinguée par quelques épisodes fâcheux de nature à nourrir un pessimisme endémique qui n’avait nul besoin, si l’on ose dire, de ces piqûres de rappel.

Ménager l'opinion

Il y a donc eu, successivement, l’affaire des masques (la pénurie déguisée en inutilité), puis les difficultés d’installation des tests ; enfin les polémiques sur la vaccination. Trois retards donc et, pour le dernier, largement imputable à une « lenteur » revendiquée par le gouvernement ; au nom, sans doute, du désormais sacro-saint « principe de précaution » face à une technologie vaccinale nouvelle, l’ARN-Messager.

En fait, le pouvoir exécutif était soucieux de ménager une opinion réputée rétive au vaccin. Sans prendre garde que cette même opinion ne tarderait pas à réclamer le bénéfice d’une vaccination réputée être le seul véritable moyen de sortir de cette crise.

Et sans doute aussi attendait-on de pouvoir disposer d’un vaccin français de la part de l’un de nos trois champions (Mérieux, Pasteur, Sanofi). Lesquels, par prudence là encore, ont préféré faire confiance aux techniques classiques et sont passés à côté de cette révolution scientifique.

Le vaccin, nouvelle arme géopolitique ? 

C’est là sans doute le choc le plus douloureux pour l’orgueil national. Même si, comme l’avait affirmé le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, « les vaccins n’ont pas de nationalité ».

Il n’empêche. Pour la Russie comme pour la Chine, ce sont là des instruments d’influence, des armes de géopolitique. Pour la France, cette absence conduit à s’interroger sur l’état de la recherche, comme sur les raisons qui poussent tant de jeunes chercheurs à s’expatrier, principalement aux États-Unis.

Déjà l’attribution du prix Nobel à Emmanuelle Charpentier avait attiré l’attention car elle avait dû poursuivre ses travaux sur le génome en Californie, puis en Allemagne. Bis repetita. Le vaccin Pfizer BioNtech est en partie l’œuvre d’une chercheuse d’origine hongroise, laquelle, faute d’avoir été accueillie à Montpellier, comme elle le souhaitait, a fini par partir à Philadelphie.

D’une façon générale, en France, la santé est considérée comme un coût quand elle est, ailleurs, un investissement.

Jean-Marie Colombani,

Cofondateur de Slate.fr, ancien directeur du Monde, président du comité éditorial de Pour l'Eco.

Les difficultés propres à la France sont, à vrai dire, souvent évoquées. Au-delà de notre tradition centralisatrice et réglementaire, il y a bien sûr un facteur financier que seul un effort européen pourrait corriger. Or, si l’on dépense peu, on risque davantage de trouver peu !

En outre, le système français, toujours rétif aux liens public-privé, continue de voir dans les grands labos, les Big Pharma, des hydres capitalistes, ce qu’ils sont, mais qui sont pourtant bien utiles lorsqu’il faut mettre sur le marché des milliards de vaccins.

D’une façon générale, en France, la santé est considérée comme un coût quand elle est, ailleurs, un investissement. De ce point de vue, la qualité de nos chercheurs et la multiplication des BioNtech devraient au moins donner des pistes à ceux qui cherchent à nourrir le plan de relance…