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En riposte à Trump, faut-il taxer les jeans et les Harley-Davidson ?

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Le président américain Donald Trump a imposé à l'été 2018 des taxes de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium importés aux États-Unis. L’Union européenne, qui est directement visée, a déposé une plainte à l’OMC. Doit-elle riposter en taxant des produits américains ?

En riposte à Trump, faut-il taxer les jeans et les Harley-Davidson ?

Oui !

Sébastien Jean

Directeur du CEPII. Il est également directeur de recherche à l’INRA. 

Oui, mais

Michael Troege

Enseigne la finance à ESCP Europe depuis 2000. Ses domaines de recherche sont les banques commerciales et la théorie des jeux.

Sébastien Jean

Les droits de douane décidés par Donald Trump sur l’acier et l’aluminium européens vont à l’encontre des engagements des États-Unis pris dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui définit un niveau de taxe maximal pour chaque produit. Les taxes de 25 % et 10 % sur l’acier et l’aluminium européens s’ajoutent ainsi au plafond que les États-Unis s’étaient engagés à ne pas dépasser. Le prétexte invoqué par Donald Trump est la sécurité nationale. Il est totalement infondé puisque nous sommes des alliés des Américains. C‘est tout simplement une violation manifeste et volontaire de leurs engagements internationaux.

Nous, Européens, devons répondre dans le cadre des règles de l’OMC, qui prévoient que si un partenaire fait du tort à l’autre, ce dernier peut prendre des mesures équivalentes. La réponse doit être cohérente car il est politiquement nécessaire de répondre aux citoyens européens qui demandent une protection face à cette agression commerciale. La réponse doit être immédiate, pour ne pas sembler cautionner la stratégie protectionniste américaine.

Cela dit, on ne gagne rien à taxer plus des produits américains, car c’est le consommateur européen qui paie la facture. C’est essentiellement un moyen de pression pour que les États-Unis reconsidèrent leur décision. L’Union a dévoilé une liste de produits qu’elle pourrait surtaxer, allant du bourbon au jus d’orange, en passant par les cigarettes, le riz, les motos, les pantalons denim et le beurre de cacahuètes, pour un montant total de 3,4 milliards d’euros. Le plus important, c’est de maximiser l’impact politique de ces taxes en ciblant les produits fabriqués dans les Etats dont les leaders républicains au pouvoir sont les élus.

Michael Troege

Les taxes sur l’acier et l’aluminium de Donald Trump sont une entorse au libre-échange. C’est une action unilatérale, égoïste et arbitraire. Ces taxes à l’importation bénéficieront certes aux Américains en créant des emplois, mais elles détruiront davantage d’emplois dans d’autres pays. Aucune raison économique ne les justifie : il ne s’agit ni de protéger une industrie naissante, ni de redresser une relation inéquitable.

L’Europe ne peut donc pas se laisser faire. La meilleure réaction, ce sont des taxes punitives sur les produits américains. Ces taxes ne sont pas destinées à protéger une industrie européenne ou à créer de l’emploi comme celles de Trump, elles visent à mettre la pression maximale sur la population et les industriels américains afin qu’ils fassent du lobbying auprès du président pour qu’il se rétracte. On a par exemple évoqué des taxes sur le bourbon ou les Harley-Davidson. Celles-ci visent des entreprises qui produisent dans des régions avec un fort électorat républicain pour avoir un effet maximal sur le président. Par ailleurs ce sont des produits assez facilement substituables, donc cela n’affectera pas beaucoup les consommateurs européens.

Mais attention, si les deux parties ne reviennent pas à la raison, il y a un risque réel d’escalade et donc de guerre commerciale. Comme chaque guerre, celle-ci ne sera pas un jeu à somme nulle mais à somme négative. Tout le monde sera perdant. L’ensemble des chaînes de la production mondiale sera affecté et les coûts de production augmenteront partout. La croissance mondiale serait alors menacée et l’on pourrait connaître une réduction des échanges mondiaux comme dans les années trente après l’introduction du Smoot-Hawley Tariff Act aux États-Unis. Cette loi, comme les taxes de Trump, était au départ destinée à protéger les emplois américains.