La dette a dépassé les 100 % du PIB. C’est grave?

En débat

La dette a dépassé les 100 % du PIB. C’est grave?

La dette a dépassé les 100 % du PIB. C’est grave?

Non

Mathieu Plane

Directeur adjoint au département analyse et prévision de l'OFCE, il enseigne à Sciences-Po Paris et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En 2013-2014, il a été conseiller économique du Ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique.

Oui

Alexandre Vincent

Il évalue les politiques publiques chez Coe-Rexecode. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et titulaire d’un diplôme d’études approfondies en analyse et politique économiques de l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

L'avis de Mathieu Plane : Non

La dette publique de la France a dépassé les 100% du PIB en septembre. Plus inquiétant, elle s’est accrue de plus de 30 points de PIB en dix ans. Cette augmentation brutale, consécutive à la grande récession de  2009, n’est pas liée à une dérive des dépenses publiques. C’est la conséquence directe de la crise qui a produit un affaissement de la croissance entraînant moins de recettes fiscales et une accumulation importante de déficits.

Néanmoins, la France présente toujours une valeur patrimoniale positive, c’est-à-dire qu’elle possède plus d’actifs (financiers et non financiers) que de dettes. Et au regard des investisseurs internationaux, la dette française fait office de valeur refuge, juste derrière l’Allemagne. Voilà le paradoxe : la France a un niveau de dette jamais atteint depuis la fin de la seconde guerre mondiale mais elle ne s’est jamais endettée à un taux aussi bas.

Ce "paradoxe" traduit le fait qu’il n’existe pas de seuil absolu infranchissable pour la dette. Ce seuil est propre à chaque pays et dépend de nombreux critères : historique de l’endettement public, crédibilité du contrôle de cet endettement, position vis-à-vis des autres pays, nature de la devise (domestique ou étrangère) de l’endettement, niveau de la dette privée (notamment bancaire), excès ou déficit d’épargne, croissance potentielle.

La dette de la France ne présente pas de risque spécifique mais sa décrue sera longue. Vouloir la réduire trop vite par des fortes hausses d’impôts ou des coupes drastiques sur la dépense publique casserait la reprise en cours. Mais ne pas s’y attaquer, c’est s’exposer à une remontée des taux et un accroissement brutal de la charge de la dette. La bonne méthode est un pilotage économique qui vise à préserver la croissance et intègre des objectifs de dette à long terme. Le principal risque pour la dette, c’est un nouveau choc financier de grande ampleur.

L'avis de Alexandre Vincent : Oui

La dette publique française ne cesse d’augmenter : elle dépasse celle de l'Allemagne (qui est à 64%) alors qu’en 2010, le ratio était le même dans les deux pays : 81%. Or bien que la charge de la dette ait diminué depuis 2012 grâce à des taux bas, elle reste lourde. C’est 1,9 % du PIB qui est ainsi affecté à la rémunération des titres publics et cette somme est appelée à croître lorsque les taux remonteront. La politique budgétaire est ainsi privée d’une partie de ses moyens sans contribuer au financement de l’économie puisque cette dette est détenue à 50 % par des non-résidents.

En outre, l’endettement du secteur public affecte les comportements des entreprises et des ménages. Anticipant de futures hausses des prélèvements obligatoires, ces agents économiques tendront à augmenter leur épargne pour s’y préparer. Par ailleurs, la politique accommodante de la BCE se traduit par des taux historiquement bas mais, avec le retour progressif à la normale, on se souviendra qu’un endettement public plus élevé pousse à la hausse les taux d’intérêt à long terme, réduisant la capacité d’emprunt des agents.

Alors bien sûr, en face de cette dette, il y a des actifs. Cependant, au 31 décembre 2017, sur les 979 milliards du patrimoine de l’Etat, la moitié environ était constituée d’immobilisations corporelles et donc très peu liquides. En face, la dette de l’Etat n’est pas du même ordre de grandeur. Elle se monte à 1955 milliards d’euros, à quoi il faut ajouter 4166 milliards d’euros d’engagements hors bilan, pour moitié des retraites civiles et militaires. Une diminution de la dette est donc nécessaire afin de faire face au vieillissement démographique et à ses coûts futurs.