La loi peut-elle rendre les entreprises plus responsables ?

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Maxime Hanssen

Les acteurs économiques ont un rôle central à jouer face aux défis environnementaux et sociaux. Les leviers pour encourager leur engagement font débat.

La loi peut-elle rendre les entreprises plus responsables ?

Oui

Christophe Revelli

Professeur associé de finance responsable et directeur académique du M.Sc Finance de Kedge Business School. 

Non

Michel Albouy

Professeur senior de finance à Grenoble École de Management.

Christophe Revelli

Ces 20 dernières années, la Responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises s’est construite sur la base de la confiance et des engagements volontaires.

Au vu des résultats actuels sur les enjeux climatiques et les inégalités sociales, il serait difficile de conclure que cette approche a permis aux agents économiques de s’engager dans une mutation de leur modèle et d’en saisir les opportunités.

Au sein de la plupart des organisations, l’impact social, environnemental et climatique de l’activité a plutôt été géré dans un objectif de communication ou une contrainte de réputation, en somme du greenwashing.

Contraindre davantage les entreprises par la loi et la réglementation est désormais incontournable. Une entreprise n’a pas pour vocation de créer uniquement de la valeur financière. Elle a aussi, et surtout, un objectif de socialisation et d’action au service de l’intérêt commun. En un mot, elle doit créer de la valeur globale. Pour cela, il faut établir un cadre plus strict, en ancrant la finalité à long terme de l’entreprise dans le Code civil.

Si cette étape réglementaire est cruciale, elle n’est pas suffisante. Des outils adaptés doivent être proposés aux entreprises, avec des indicateurs d’impact précis, lisibles, mesurables et commensurables. Des moyens doivent également être mobilisés pour favoriser leur transformation : les projets responsables devraient avoir accès aux financements des fonds publics et privés plus facilement que les projets moins-disant pour la planète et la société. Valoriser les actions porteuses de valeur globale permettra aux entreprises de modifier leur modèle économique pour plus de durabilité. Elles découvriront aussi de nouvelles opportunités, ce qui les confortera dans leur choix stratégique d’afficher des objectifs sociaux et environnementaux ambitieux.

Michel Albouy

La France est sans doute le pays au monde qui réglemente et impose le plus. Les entreprises tricolores évoluent donc dans un environnement très strict. Bien sûr, un cadre est nécessaire, mais une politique trop contraignante n’est pas le meilleur moyen pour modifier le comportement des organisations à but lucratif. La toute-puissance législative a montré les limites de son efficience. D’une part, les dispositions votées ne sont pas toutes mises en place ni vérifiées, ce qui souligne le manque de moyens de l’État pour implémenter les décisions. D’autre part, le législateur est parfois déconnecté des problématiques des citoyens et des entreprises. Vivant dans l’entre-soi et confrontés à des groupes de pression, les responsables politiques sont souvent conduits à voter des dispositions ne répondant aux besoins ni des uns ni des autres.

Face à cette défaillance, faisons plutôt confiance aux acteurs économiques. Seule la loi du marché permettra de convaincre les entreprises d’opter pour une stratégie sociale et environnementale de long terme. En effet, l’univers concurrentiel dans lequel évoluent les entreprises permet au citoyen de choisir entre plusieurs enseignes pour un même produit. Cela oblige les entreprises à s’adapter à la demande.

Cette demande, qui se traduit dans l’acte d’achat des consommateurs, exige de plus en plus un comportement éthique de la part des entreprises. Consommation locale, circuits courts, impact social positif : autant d’arguments concurrentiels qui entrent désormais en compte dans la décision de l’acheteur. En optant pour tel ou tel produit répondant à ses valeurs, fort de véritables moyens d’action comme le boycott, le consommateur jouit d’un vrai pouvoir sur l’orientation des entreprises. Pour survivre et se développer sur le long terme, un acteur économique ne peut ignorer la demande. Sinon, tôt ou tard, il disparaîtra.

Éco-mots

Greenwashing

Stratégie marketing qui consiste à mettre en avant des arguments écologiques pour construire auprès du public une image verte ne correspondant pas à la réalité.