Le capitalisme est-il soluble dans le développement durable ? 

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Le capitalisme est-il soluble dans le développement durable ? 

Si la mondialisation a permis des progrès considérables à l'échelle de la planète, elle est aujourd'hui dans une impasse face aux défis climatiques et aux renforcement des inégalités. La notion de responsabilité doit s'imposer pour créer un capitalisme nouveau.

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Le capitalisme est-il soluble dans le développement durable ? La propriété privée des moyens de production et la dynamique d'accumulation du capital axée sur la recherche du profit, ses deux principes fondamentaux, peuvent-ils se mettre au service de la planète ?

Bref, le capitalisme responsable est-il un projet sérieux, une utopie pour rêveur, une formule de communicant ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’affaire n’est pas tranchée. Pour les uns, il y a tout simplement contradiction entre les termes car le capital ne serait capable de poursuivre qu’un seul but, sa propre reproduction par le profit.

Certes la mondialisation capitaliste a offert des opportunités considérables - 700 millions de personnes ont échappé à la pauvreté en dix ans – mais elle a introduit des déséquilibres inquiétants. Un centième des habitants de la planète possède la moitié de sa richesse tandis que 385 millions d’enfants vivent toujours dans l’extrême pauvreté.

La fracture est là, avec son cortège de populisme et de protectionnisme, deux poisons pour la société et l’économie.

Pour les autres, le capitalisme fut une brillante réussite qui s’est fourvoyé dans une impasse dont il faut aujourd’hui le sortir.

Sortir le capitalisme de l'impasse

Il existe pour eux un antidote au poison, un capitalisme nouveau, structuré par la responsabilité, c’est-à-dire la convergence de long terme entre performance et éthique.

Cette performance plus équilibrée devra être évaluée par d’autres indicateurs que la rentabilité du capital et le cours de bourse. Elle prendra en compte, précisément, l’impasse capitaliste : si les ressources qui composent la performance, c’est-à-dire les hommes, l’énergie, les matières premières, l’environnement, le climat, le territoire, la sécurité, le droit, s’étiolent, alors la performance s’effondrera.

Les capitalistes n’ont pas besoin d’être généreux pour le comprendre. Il leur suffit d’être pragmatiques. Renforcer la branche sur laquelle ils sont assis est un investissement rentable. 

La situation semble propice. D’un côté, une menace réelle sur notre capital « Terre », que nous pouvons appeler capital du vivant. De l’autre, une abondance sans précédent de liquidités, notre capital financier.

Financer la transition écologique

Besoins immenses ici, moyens immenses là. Comment les faire se rencontrer ? Une seule méthode. Faire converger les méthodes, les objectifs et le langage des acteurs économiques, financiers et publics. Si c’était facile, ce serait déjà fait.

Les rencontres du développement durable qu’organise en 2020  l’Institut Open Diplomacy ont cette ambition : passer en revue ce qu’il reste à faire pour que ces familles d’acteurs s’allient réellement au lieu de se combattre.

Ces dernières années, les Etats semblaient à la peine, étranglés par l’endettement. Mais la pandémie, avec 11 000 milliards de dollars d’aide déversés sur les économies du monde entier, a modifié le regard que les citoyens portent sur eux.

Dépasser la défiance de la société civile

La société civile observe par ailleurs que l’entreprise crée des richesses et fournit des emplois. Mais la défiance à l’égard du vieux capitalisme est encore trop forte. Les entreprises, surtout les grandes, sont sur la sellette. Dirigeants et actionnaires concentrent les récriminations. Les salaires des « patrons » et le poids des dividendes dans la valeur ajoutée sont épinglés à la moindre occasion. Quand aux acteurs de la finance, ils jouissent d‘une telle puissance que leur réputation s’en ressent, d’autant que leur fonctionnement reste très opaque.

Les temps sont sévères pour les institutions de nos pays avancés : leur légitimité recule, elles ont de plus en plus de mal à jouer leur rôle de repères.

Dans un climat généralisé de défiance vis à vis du « système capitaliste », les citoyens, surtout les plus vulnérables, reprochent à ces institutions d’avoir surestimé les bénéfices de la mondialisation et échoué à maîtriser ses effets pervers. La société civile, équipée désormais de puissants moyens de pression, donne de la voix et exerce son nouveau pouvoir de réseau. 

Enfin, le système mondial voit émerger de nouveaux joueurs, les villes géantes, les grandes ONG et les méga-entreprises. Les 600 plus grandes villes du monde produiront bientôt les deux tiers de sa richesse et la mégapole va devenir le pivot du marketing global. Les premières capitalisations boursières rivalisent déjà avec les PIB de pays puissants. Ces nouveaux joueurs pèseront lourd dans le nouveau capitalisme.