Les cryptomonnaies vont-elles détrôner l’Euro ?

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Les cryptomonnaies vont-elles détrôner l’Euro ?

La valorisation des cryptoactifs comme le Bitcoin et l'Ethereum ne cesse de progresser en ce début d'année 2021, et bat records sur records. Mais ces monnaies privées vont-elles finir par concurrencer les devises souveraines traditionnelles ?

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Le Bitcoin va-t-il détrôner l’Euro à terme ?

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Non ! Ce n’est plus un moyen de paiement

Primavera De Filippi

Chargée de recherche au CERSA/CNRS et chercheuse associée au Berkman Klein Center de Harvard. Sa recherche porte sur les implications juridiques et politiques de la b lockchain et des cryptomonnaies. Elle est l’auteure du « Que Sais-je ? » Blockchain et Cryptomonnaies (PUF 2018).

Non, il est trop instable !

Catherine Lubochinsky

Professeur à l’université Paris 2 Panthéon-Assas, membre du LabEx Regulation Financière et membre du Cercle des économistes. Elle est également membre du comité scientifique de l’ACPR, du conseil scientifique d’UniCrédit and Universities Foundation (Milan) et du conseil scientifique de Citéco.

L'avis de Primavera De Filippi : Non ! Ce n’est plus un moyen de paiement

Lorsque le Bitcoin est né en 2009, il se présentait comme un nouveau moyen de paiement décentralisé qui faciliterait des transferts d’argent moins coûteux sur Internet.

Ce système, régi exclusivement par du code informatique, a été conçu pour opérer indépendamment des désirs ou des caprices des humains – inaugurant ainsi une nouvelle vague de désintermédiation qui permettrait de contourner certains intermédiaires financiers tels que les banques, Western Union ou PayPal.

Au cours des dernières années, la vision initiale de Bitcoin a changé : étant donné la forte appréciation de cette cryptomonnaie (qui est passée de quelques centimes de dollars en 2009 à plus de 20 000 dollars en 2017), le Bitcoin n’est désormais plus utilisé comme un moyen de paiement, mais plutôt comme une nouvelle réserve de valeur.

Ce repositionnement dérive aussi du fait que l’architecture sous-jacente du Bitcoin ne peut traiter que relativement peu de transactions (quelques centaines de milliers par jour).

Aujourd’hui, loin de ressembler à ce système de paiement décentralisé et à faible coût qui pourrait concurrencer le système financier – tel qu’il avait été prescrit par son fondateur, Satoshi Nakamoto – le Bitcoin est devenu un nouvel outil de spéculation.

Cet actif numérique est utilisé par de nombreux acteurs financiers pour alimenter une nouvelle bulle de spéculation, qui a progressivement amoindri la capacité que le Bitcoin avait à concurrencer les monnaies traditionnelles.

En effet, si la monnaie est censée remplir trois fonctions principales – une unité de compte, un moyen de paiement, et une réserve de valeur –, le Bitcoin ne satisfait désormais que la troisième de ces fonctions.

L'avis de Catherine Lubochinsky : Non, il est trop instable !

Dans les manuels d’économie, la définition d’une monnaie s’effectue à partir des trois fonctions qu’elle doit remplir : unité de compte, instrument d’échange et réserve de valeur.

Les cryptomonnaies remplissent-elles ces trois fonctions ? Peu de prix sont affichés en Bitcoins et très peu d’achats/ventes de marchandises sont réglés dans ces monnaies.

Certes, des entreprises ont annoncé qu’elles les acceptaient en paiement… mais certaines ont renoncé du fait d’une trop faible utilisation (Dell, par exemple). D’autres facturent des frais de transaction rédhibitoires (compte tenu du risque de change encouru), d’autres encore mettent en place des procédures de paiement compliquées qui découragent plus d’un utilisateur potentiel.

Enfin, peut-on parler de réserve de valeur quand le cours passe de plus de 16 000 euros, en décembre 2017, à environ 6 000 euros en juin 2018 ?

Pour le seul mois de janvier 2018, la chute du cours du bitcoin s’est traduite par une perte de 44 milliards de dollars, soit la capitalisation boursière de Ford !

Il est difficile d’avoir confiance dans la stabilité de sa valeur. Bref, il ne faut pas confondre les progrès technologiques avec l’utilisation qui peut en être faite.