L’État doit-il faire des investissements risqués ?

En débat

L’État doit-il faire des investissements risqués ?

Au gré des privatisations d’entreprises publiques, l’appareil étatique s’est peu à peu substitué aux investisseurs privés. Ce choix fait débat.

L’État doit-il faire des investissements risqués ?

Oui, mais

Scott Viallet-Thévenin

Est professeur assistant à l’Université Mohammed VI-Polytechnique au Maroc et chercheur associé à Sciences Po. Ses recherches portent notamment sur le gouvernement des entreprises publiques.

Oui

Christian Gollier

Est directeur général de la Toulouse School of Economics et président de l’Association européenne des économistes de l’environnement. Il est l’auteur de Le Climat après la fin du mois (puf), et de plus de 100 articles et livres scientifiques

L'avis de Scott Viallet-Thévenin : Oui, mais

Avant de répondre à cette question, il faut interroger la finalité de ces investissements. Après la Seconde Guerre mondiale, l’État défendait un placement public axé sur l’intérêt général, la rentabilité étant secondaire. Pour la puissance publique, l’essentiel était de répondre à une nécessité stratégique ou à un besoin des Français. Les années 1970- 80 ont vu l’État revêtir progressivement les habits de l’acteur économique privé, préoccupé par le retour sur investissement. Son aversion au risque a évolué. Un grand nombre de privatisations ont été menées. La création de l’Agence des participations de l’État, en 2004, est le point d’orgue de cette mutation. Puis, la fondation de la Banque publique d’investissement (ayant aussi vocation à soutenir l’économie) et les nouvelles missions de la Caisse des dépôts et des consignations, ont confirmé cette donne. De stratège, l’État est devenu actionnaire en quête de dividendes. Pourtant, sa mutation avait pour objet de reprendre le contrôle d’entreprises publiques progressivement sorties du giron étatique via des opérations d’acquisition ou des prises de participation par (et dans) des groupes privés étrangers. Pour revenir dans le jeu, l’État devait donc se conformer aux règles de la finance et du marché.