L’Europe protège-t-elle les européens ?

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Maxime Hanssen

Fondée pour préserver le continent de la guerre, l’Union européenne s’est ensuite développée sur une promesse de prospérité économique – notamment grâce à l’euro – et de progrès social. Son bilan est mitigé.

L’Europe protège-t-elle les européens ?

Oui mais…

Christian De Boissieu

Professeur émérite d’économie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Non !

Dany Lang

Économiste, maître de conférences à l’Université Paris 13.

Christian De Boissieu

Si l’Europe fait face à de nombreux défis, elle est et demeure une protection pour ses 500 millions de citoyens et de consommateurs. L’Union européenne (UE) permet aux différents pays de l’espace unique – petits et grands – d’exister sur la scène économique internationale. Sans elle, la France et même l’Allemagne, seraient des nains face aux géants économiques que sont les Américains ou les Chinois. La taille du marché unique offre une certaine compétitivité, apporte de la croissance et crée de l’emploi, même si les situations sont très hétérogènes d’un pays membre à l’autre.

Certains soutiennent que la France a perdu une partie de sa souveraineté économique avec l’arrivée de la monnaie unique. Si cette affirmation est vraie dans les textes, elle me semble toutefois relever de l’illusion au regard de la situation qui prévalait avant l’entrée en vigueur de l’euro. La politique monétaire du franc était à la remorque de celle du deutsche mark. Du fait du poids économique allemand, tout mouvement des taux de la banque centrale d’outre-Rhin entraînait un mouvement parallèle de la française. Est-ce cela la souveraineté ? La naissance de la Banque centrale européenne (BCE) a créé des mécanismes de codécision, protégeant d’une certaine façon les Français face aux grandes variations monétaires.

L’Europe pèche toutefois par manque de pédagogie. En se construisant d’abord par le volet économique, elle a laissé penser qu’elle réglerait les problèmes économiques et sociaux des citoyens. Cette exigence n’a été que moyennement exaucée, nourrissant un sentiment de déception à l’égard du projet européen. L’Europe souffre aussi d’une coordination politique trop faible au sein des 28 membres (avant Brexit) – la règle de l’unanimité empêche d’avancer. Elle est aussi pénalisée par des interprétations trop rigides des traités. Enfin, au sein de la zone euro, les Européens doivent mener une réelle coordination budgétaire et fiscale. Il résulte de ces mutations un impératif : faire de l’Europe une véritable communauté de valeurs et pas seulement une entité économique.

Dany Lang

L’Acte unique européen (1986) puis le traité de Maastricht de 1992 devaient apporter prospérité, croissance et plein emploi aux Européens. Les pays signataires ont accepté de renoncer à certaines de leurs prérogatives régaliennes – les politiques monétaires et de change – au bénéfice d’un destin commun devant aboutir à une « Europe sociale ». Les promesses n’ont pas été tenues.

La stratégie européenne de l’emploi souligne cette défaillance : certains pays de l’Union font face à un chômage de masse qu’elle ne parvient pas à résorber. La pensée libérale dominante des institutions européennes défend une politique de flexibilité du travail : en permettant plus facilement le licenciement, les employeurs embaucheraient davantage, créant ainsi de l’emploi. Menée depuis les années 1980, cette politique n’a pas prouvé son efficacité macro-économique. Dans le même temps, la précarité des citoyens, notamment celle des femmes, s’est accrue.

La naissance de la monnaie unique devait protéger l’Europe contre les risques de change monétaire. Si elle a montré son efficacité dans ce domaine ainsi que dans celui de l’inflation, le risque s’est déplacé sur les dettes souveraines. La Banque centrale européenne (BCE), par son mandat, ne peut pas garantir les dettes publiques, ce qui les protégerait de la spéculation des marchés. Enfin, si la BCE est indépendante, son contrôle démocratique pose question.

L’Europe est aujourd’hui une Europe des traités plutôt qu’une Europe démocratique. La prédominance de la Commission européenne est à ce titre symptomatique. Cette institution s’est récemment opposée au budget italien au nom du respect des traités budgétaires. La politique d’austérité en Grèce a été menée contre le choix du peuple. En imposant des politiques d’austérité contre les choix des citoyens, les institutions ont détérioré le sentiment européen, sans pour autant réussir à garantir la prospérité.