Plan de relance : les limites selon les économistes libéraux historiques

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Plan de relance : les limites selon les économistes libéraux historiques

Afin de soutenir une activité économique touchée par la crise sanitaire, la France va débloquer des milliards d'euros. Un jeu dangereux, car déjà par le passé, les économistes libéraux ont souligné les limites des plans de relance, rappelle Mélanie Tavernier, professeur de Sciences économiques et sociales.

Pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie, de nombreux pays ont déployé des plans de relance. La France a annoncé, dès le printemps 2020, le plan « France Relance » d’un montant de 100 milliards d’euros.

Généralement qualifié de keynésien en référence à l’économiste John Maynard Keynes, un plan de relance désigne l’ensemble des mesures visant à stimuler l’activité économique et se traduit la plupart du temps par une augmentation des dépenses publiques et/ou une baisse des recettes publiques. Si les avantages d’une telle politique sont nombreux, quelles sont les limites pointées par les économistes libéraux ?

Éco-mots

John Maynard Keynes 

Il est l’un des grands économistes du XXe siècle. Sa Théorie générale pose les fondements de la macroéconomie en analysant les causes des fluctuations et du sous-emploi. Le schéma keynésien, selon lequel le niveau d’activité à court terme est déterminé par la demande, fonde encore la plupart des modèles des administrations et des grandes entreprises. 

Selon eux, la mondialisation représente un premier obstacle à l’efficacité d’un plan de relance. Stimuler la demande – via une augmentation des prestations sociales, par exemple – se traduirait, certes, par une hausse de la consommation de biens et services, mais celle-ci ne serait pas que nationale.

Autrement dit, si un individu voit son revenu augmenter, rien ne l’empêche de consommer des produits étrangers. Dans ce cas, la relance serait inefficace, car elle stimulerait les économies étrangères. La solution serait alors de mener une relance coordonnée entre différents pays.

Ce fut le choix des 27 pays de l’Union européenne dès l’été 2020. La mise en place d’un plan commun devrait permettre de limiter les effets pervers de relance isolée en favorisant des flux de consommation réciproques.

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Graphique : Pour l'Éco. Source : Commission européenne.

Épargne d’anticipation

Robert Barro (1974) avance une autre limite. Lorsqu’une politique de relance est financée par l’emprunt, les agents économiques anticipent rationnellement une future hausse des impôts – hausse exigée pour rembourser la dette contractée afin de financer ce plan. En conséquence, ils choisissent d’épargner plutôt que de consommer.

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Pourtant, pour Daniel Kahneman (1979), les agents économiques peuvent faire des erreurs de perception, notamment en période d’incertitude. Nul n’est capable d’affirmer que dans un avenir proche les impôts augmenteront, ni à quel moment, ni dans quelles proportions.

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Un cercle vicieux

Une dernière limite concerne la dette publique et le risque d’« effet boule de neige ». Pour financer le plan de relance, la France, comme de nombreux pays, a été contrainte de s’endetter. L’État devra rembourser sa dette et il lui faudra aussi payer des intérêts. Or, s’il est dans l’incapacité de rembourser, il devra de nouveau emprunter pour… payer les intérêts.

Éco-mots

Dette publique

Ce sont les emprunts réalisés par l'État (c'est un stock). Chaque année, l'État doit rembourser une somme au titre du remboursement du capital emprunté et des intérêts (c'est le service de la dette).

Un cercle vicieux s’engage alors – d’où l’image de la boule de neige. Cependant, sous l’effet du plan de relance, si la croissance augmente, les recettes fiscales augmenteront mécaniquement, ce qui permettra à long terme à l’État de rembourser sa dette.

En attendant, la question du plan de relance ne se pose plus. La pandémie a forcé les États à s’y engager. Reste à savoir si les avantages de ces politiques viendront prendre le pas sur ses effets pervers et parviendront à éviter le scénario d’une longue récession.