"Une transition écologique juste est possible"

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"Une transition écologique juste est possible"

Pour Marc Fleurbaey, directeur de recherche au CNRS, professeur associé à l’École d’économie de Paris et à l’École normale supérieure, ce n'est pas parce que nous vivons une période troublée, combinant crises politiques et sociales et écologiques, qu'il faut renoncer à l'idée de progrès.

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Les nuages s’amoncellent à l’horizon : montée des inégalités, dépérissement des pratiques démocratiques, montée des égoïsmes identitaires, déclin de la coopération internationale, crise sanitaire et économique, changement climatique, effondrement de la biodiversité et dégradation générale des écosystèmes.

Dans un contexte aussi inquiétant, ne faut-il pas reléguer la notion de progrès au rang des illusions perdues, pour concentrer notre attention sur ce qui peut encore être sauvé ?

Il est possible, peut-être même probable, que la période actuelle marque un tournant vers une phase historique très troublée, combinant catastrophes politiques, sociales et environnementales.

Et pourtant, nous n’avons jamais été aussi bien préparés pour effectuer la nécessaire transition d’un modèle de développement prédateur, à l’égard des personnes comme à l’égard de la nature, vers un modèle respectueux de la vie.

Une transition écologique juste est en effet possible, si l’on combine tous les instruments politiques à notre disposition : soutien à la recherche, incitations économiques, éducation aux bonnes pratiques, compensation des coûts transitoires.

Nous n’avons jamais été aussi bien préparés pour effectuer la transition d’un modèle de développement prédateur, à l’égard des personnes comme à l’égard de la nature, vers un modèle respectueux de la vie.

Marc Fleurbaey

Directeur de recherche au CNRS, professeur associé à l’École d’économie de Paris et à l’École normale supérieure

L’intégration des politiques sociales et environnementales permettrait de dépasser les tensions entre le social et l’écologie et cela offre même de nouvelles opportunités.

Par exemple, une taxe carbone peut être redistribuée et apporter un gain net aux deux tiers les moins favorisés de la population.

De simples changements de pratiques, comme le fait de manger beaucoup moins de viande, de voyager moins pour les vacances ou les affaires, d’utiliser davantage le travail à distance, peuvent contribuer fortement à faire baisser nos émissions.

Aider les pays les moins avancés par un investissement massif dans l’éducation, les infrastructures et les transferts technologiques permettrait de leur faire opérer une transition économique et démographique vers un modèle durable.

Mais la transition qui s’impose ne doit pas être seulement « écologique et solidaire », elle doit aussi être « participative. »

C’est la crise générale de la gouvernance qui est le principal obstacle sur notre voie, en nourrissant le populisme, l’autoritarisme, la corruption et le repli identitaire. Le progrès social passe avant tout par un partage du pouvoir, par la démocratisation de nos institutions publiques et privées, pour permettre à chacune et à chacun de trouver sa place et de faire entendre sa voix.

Un grand sursaut vers cette triple transition paraît nécessaire pour sortir de la situation délicate dans laquelle se trouve l’humanité. Manquer ce rendez-vous avec l’Histoire serait un immense gâchis.

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