Alors, il est cassé, l’ascenseur social ?

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Alors, il est cassé, l’ascenseur social ?

Les pays qui ont beaucoup investi dans l’éducation ou la santé affichent généralement une plus grande mobilité sociale de leurs citoyens. Le montant des ressources publiques allouées est important mais la manière dont sont ciblées les catégories de population les plus défavorisées est cruciale. 

Alors, il est cassé, l’ascenseur social ?

Oui, c’est évident

Margaux Millet

Étudiante en 2année, cursus anglophone, responsable de l’Association EBS-Concours-Ambassadeurs, EBS Paris, école de management

Mais non, ce n’est pas la réalité !

Alexis Robin

Étudiant en 1re année, membre de l’Association EBS-finance, EBS Paris, école de management

L'avis de Margaux Millet : Oui, c’est évident

Le mouvement des Gilets jaunes qui a agité le pays en 2019 en témoigne. Les taxes sur l’essence ne sont que le révélateur d’un problème beaucoup plus profond de déclassement social des milieux populaires et de panne de la méritocratie. L’égalité des chances ne joue plus dans notre pays. Les enfants de cadres ont toutes les chances de devenir cadres à leur tour alors que les jeunes de milieux populaires, on ne les trouve presque jamais dans les filières d’éducation sélectives, que ce soit dans les écoles de commerce ou en master ou doctorat à l’université. Pourtant, l’éducation et la formation sont une voie de promotion sociale pour une partie des enfants des milieux modestes. L’enseignement a été massifié, avec beaucoup d’étudiants en plus, mais il n’a pas été démocratisé ! Au contraire, le rendement des diplômes a diminué et la durée des études doit s’allonger pour compenser. Le paradoxe d’Anderson montre même qu’avoir un diplôme supérieur à celui de ses parents ne signifie même pas qu’on occupera une position sociale plus élevée. La fluidité sociale, c’est fini.

Le sociologue Pierre Bourdieu a bien montré le rôle essentiel de trois types de capital – économique, social et culturel – dans le devenir scolaire et social d’un jeune. Ces capitaux sont aussi largement hérités du milieu familial, favorisant la reproduction sociale et donc les inégalités. Tout cela est d’autant plus grave que la formation est devenue incontournable dans un monde dominé par les innovations technologiques et la concurrence internationale.

Avec la faible croissance constatée, difficile d’offrir des métiers de qualité à tous ceux qui se présentent sur le marché. La France est un pays riche et pourtant, on compte 14 % de pauvres. Chaque année, plus de 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification. C’est le décrochage assuré ! Un rapport de l’OCDE a calculé qu’il fallait six générations à un Français issu d’une famille pauvre pour que ses descendants accèdent à la classe moyenne, soit 180 ans. Au Danemark, deux générations suffisent.

Il est bien évident que l’ascenseur social est en panne en France, l’imaginaire d’égalité et de promotion sociale ne fonctionne plus

L'avis de Alexis Robin : Mais non, ce n’est pas la réalité !

Je ne crois pas que la société française soit devenue plus inégalitaire. C’est vrai, la croissance s’est ralentie et génère moins de richesses qu’au temps des Trente Glorieuses, mais l’État français intervient beaucoup pour compenser : les dépenses publiques représentent 54,6 % du PIB, dont près du tiers en dépenses sociales.

Les inégalités et les difficultés de mobilité sociale peuvent être rattachées aux difficultés économiques, mais là encore, L’État-providence agit : les aides sociales et les allocations permettent d’accompagner les personnes en difficultés pendant leur recherche d’emploi. Les entreprises sont aussi fiscalement encouragées à embaucher. D’ailleurs, tout le système fiscal, que ce soient les impôts sur le revenu ou sur la fortune immobilière, vise à réduire les écarts sociaux entre les catégories de personnes. L’impôt sur le revenu est très concentré sur les ménages les plus aisés et 53 % ne le paient pas. L’indice de Gini montre que la France est l’un des pays où les écarts sont très resserrés entre les milieux sociaux.

L’égalité des chances existe encore en France. L’école et l’université sont gratuites, des bourses sont accordées aux étudiants qui ont des problèmes financiers, y compris pour ceux qui choisissent des filières sélectives et payantes. La société encourage les efforts et les études car, effectivement, c’est la clé de la promotion sociale. Les diplômés ne connaissent pas le chômage (5 % pour les cadres). Voilà pourquoi le gouvernement engage des réformes pour la formation professionnelle, l’apprentissage et l’accompagnement des jeunes, notamment pour les filières courtes. N’oublions pas qu’en 2018, le taux de réussite au baccalauréat dépasse les 88 % en France.

La société française est encore très mobile : des études montrent que deux hommes sur trois ont connu une mobilité ascendante depuis les années 2000, même si les trajectoires sociales sont courtes entre les échelons des statuts sociaux. C’est vrai que les métiers ont changé, leur représentation sociale aussi. La précarité et la crainte de l’échec peuvent engendrer des angoisses mais je pense que le système méritocratique français est encore efficace et qu’il s’agit davantage d’une peur du déclassement que la réalité.

Les exposés ci-dessous s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Socio-chiffre

0,30 C’est la valeur de l’indice ou coefficient de Gini en France.

Cet indice a été défini en 1912 par le sociologue italien Corrado Gini (1884-1965). Il mesure les inégalités de revenus ou de niveaux de vie dans une société. Il varie entre 0 (égalité parfaite ou équirépartition) et 1 (inégalité maximale). En Finlande, il se situe à 0,26 et en Afrique du Sud, situation complètement à l’opposé, à 0,62.

Éco-chiffre

1 026 EUROS = SEUIL DE PAUVRETÉ Être pauvre signifie vivre avec moins de 60 % du revenu médian, c’est-à-dire avec 1 026 euros par mois, en 2018. Les 10 % des Français les plus riches possèdent plus du quart des revenus, soit dix fois plus que les 10 % les plus pauvres. Les 50 % les plus pauvres détiennent 8 % du patrimoine total, alors qu’à l’autre bout de l’échelle sociale, 1 % des Français possède 17 % des richesses. Mais 70 % des recettes fiscales (IR) sont générées par 10 % des foyers fiscaux.