Avant d’aider les entreprises, faut-il poser des conditions ?

En débat

Avant d’aider les entreprises, faut-il poser des conditions ?

Avec la crise sanitaire, l’État a décidé de venir en aide aux sociétés pour qu’elles survivent. A-t-il le droit d’exiger, en contrepartie, que celles-ci prennent certains engagements, notamment en faveur d’une production plus verte ? Duel entre étudiants sur la question.

Pages animées par Archad Jahangir, responsable Culture générale à l’Ipag Business School. 

Les exposés ci-dessous s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Duel étudiant

Avant d’aider les entreprises, faut-il poser des conditions ?

aidesentreprises.png

Oui, l’aide ne doit pas être un simple cadeau

Mathurin Bouchy

Élève en deuxième année à l’Ipag Business School

Non, pas touche à la liberté d’entreprendre !

Zoé Autissier 

Élève en deuxième année à l’Ipag Business School

L'avis de Mathurin Bouchy : Oui, l’aide ne doit pas être un simple cadeau

L’enjeu est trop important. La situation économique actuelle est inédite, il faut profiter des mesures de soutien aux entreprises pour redresser l’économie, mais aussi pour définir des orientations sociétales. Il faut que cette relance soit aussi sociale et écologique.

Plus que jamais, la transition écologique nécessite des actions concrètes. Le plan de relance exceptionnel déployé par le gouvernement est de 100 milliards d’euros. C’est une somme colossale qui doit non seulement aider, mais orienter l’économie vers plus de responsabilité. 

En pratique, les aides aux entreprises et aux particuliers doivent avoir un objectif commun. Pour bénéficier des aides, chaque secteur de l’économie doit apporter des garanties.

Ce plan prévoit par exemple 8 milliards d’euros d’aide au secteur automobile. Cette filière a été particulièrement frappée par la crise avec une baisse moyenne d’activité de 80 %, en avril 2020.

Il s’agit certes de protéger les salariés en soutenant les entreprises en difficulté, mais aussi d’investir dans des véhicules plus propres.

Le but, à terme, est de renouveler le parc automobile français avec des voitures moins polluantes – électriques ou hybrides. La filière doit s’engager à respecter les objectifs fixés par la réglementation européenne en matière de réduction des émissions de CO2.

Une autre filière fortement touchée par la crise financière, c’est l’industrie aéronautique. Les aides apportées à ce secteur ont plusieurs objectifs : la compétitivité, mais aussi la transition environnementale et la décarbonation du transport aérien.

Dans ces deux cas, l’approche est la même : « profiter » de la crise pour penser une meilleure économie, non seulement quantitativement, mais aussi qualitativement.

La question est de savoir si les engagements pris par les différents acteurs sont suffisants. Certaines ONG environnementales comme Greenpeace ou WWF dénoncent le fait que les contreparties demandées aux entreprises ne soient pas à la hauteur des enjeux.

Il est prévu que l’ensemble des sociétés de plus de 50 salariés produisent obligatoirement un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais cette démarche existait déjà pour les sociétés de plus de 500 salariés qui ne se voient donc pas imposer de contreparties supplémentaires. On note aussi qu’il n’est pas prévu de sanction en cas de niveaux d’émissions trop importants.

L'avis de Zoé Autissier  : Non, pas touche à la liberté d’entreprendre !

De nombreux secteurs d’activité ont été touchés par cette pandémie, que ce soit le modeste libraire de quartier ou la multinationale. Ces aides sont donc nécessaires pour permettre à toutes les entreprises de se remettre sur pied.

 Les aides de l’État apparaissent essentielles pour les sociétés touchées de près ou de loin, permettant de relancer leur activité économique et de mieux appréhender l’année 2021.

Cette relance veut soutenir l’économie, ajouter des conditions, ce serait infliger des contraintes supplémentaires à des entreprises déjà fragiles. Ce serait contreproductif et absurde.

La situation économique n’a jamais été aussi catastrophique depuis la fin de la guerre. Le gouvernement est prêt à sauver l’économie, "quoi qu’il en coûte".

Et les entreprises savent très bien ce qui est bon pour leur activité, elles n’ont pas besoin de l’État pour le leur expliquer. Nous devons laisser les subtilités pour plus tard, quand le danger urgent et imminent se sera éloigné.

Une entreprise ne va pas embaucher ou investir pour faire plaisir à l’État, elle le fera si elle juge que son carnet de commandes est assez fourni. Il n’y aura pas de réaction automatique aux aides.

La volonté étatique de tout chapeauter est contraire à nos valeurs de liberté et de libre entreprise. Un entrepreneur, un boulanger, un libraire, un P.-D.G., chacun sait ce qui est bon pour lui. Pourquoi, tant qu’on y est, ne pas fonctionner avec des plans quinquennaux, comme dans l’ex-URSS ?

Au contraire, si l’État aide les entreprises en les laissant libres de ce qu’elles font, il pourra restaurer un lien de confiance qui, de plus en plus, semblait perdu.

Les conditions que l’État veut imposer partent souvent de bonnes intentions (égalité salariale, écologie), mais la force et l’obligation ne sont pas les moyens adéquats de procéder.