Débat, faut-il généraliser le télétravail ?

En débat

Débat, faut-il généraliser le télétravail ?

La pandémie a poussé bon nombre d’entreprises à recourir au télétravail. Les avantages semblent évidents à court terme, mais les inconvénients, bien moins visibles, pourraient éclore à long terme.

Pages animées par Archad Jahangir, responsable Culture générale à l’Ipag Business School. Les exposés ci-dessous s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Le Duel

Faut-il généraliser le télétravail ?

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Oui, le travail à domicile est l’horizon souhaitable

David Elkrieff

Étudiant en première année à l’Ipag Business School

Non, car le télétravail ne doit pas être le modèle dominant

Agathe Chassain

Étudiante en première année à l’Ipag Business School

L'avis de David Elkrieff : Oui, le travail à domicile est l’horizon souhaitable

Initialement réfractaires au télétravail, avec le confinement, de nombreuses entreprises n’ont eu d’autre choix que d’y recourir. Mais en réalité, la crise sanitaire n’a fait qu’accélérer un processus irrémédiable. Bien encadré, le télétravail sera la norme de demain !

Du côté des salariés, cette pratique présente des avantages non négligeables. Tout d’abord, moins de transports, ce qui offre un gain de temps considérable. Pour mémoire, d’après une étude menée par BVA Opinion, en Île-de-France, le trajet moyen est de 44 minutes, ce qui fait un total d’une heure et demie par jour.

En plus d’empiéter sur le temps libre, cette contrainte nuit à l’équilibre psychique des salariés en générant stress et anxiété. Et une étude menée par Malakoff Humanis démontre que les salariés en télétravail ont un meilleur équilibre de vie et même une meilleure santé.

Du côté des employeurs, les avantages sont également conséquents. Dans l’étude précédemment citée, ceux-ci constatent une hausse de la productivité de leurs salariés, hausse qui résulte notamment d’une plus grande responsabilisation de chaque salarié qui échappe au carcan parfois trop rigide de sa hiérarchie et s’épanouit.

De plus, le télétravail entraîne une réduction de l’absentéisme – les problèmes logistiques tels que les embouteillages sont évités.

Enfin, 72 % des employeurs pensent que le télétravail améliore leur image de marque. Il ne faut pas négliger que, pour les entreprises qui en ont les moyens, le télétravail est une occasion inespérée d’attirer des salariés talentueux ne vivant pas à proximité du siège social.

Enfin, la généralisation du travail à distance permettra aux entreprises de diminuer leurs frais généraux grâce à une réduction de la superficie de bureaux et des loyers correspondants. Plus besoin d’espace individuel pour chacun ou d’open spaces bruyants. Les salles de coworking suffiront pour les réunions.

Enfin, il ne faut pas négliger les bénéfices sociaux du télétravail. Il permet une plus grande intégration des travailleurs souffrant de handicap. C’est également le moyen idéal pour lutter contre le chômage de masse qui s’est installé dans des territoires peu attractifs pour les entreprises.

L'avis de Agathe Chassain : Non, car le télétravail ne doit pas être le modèle dominant

Il est indéniable qu’à court terme, le télétravail semble présenter des avantages. De nombreuses études le soulignent. Mais il manque une étude de son impact à long terme.

En effet, même si dans le cas d’un télétravail de quelques mois, comme nous l’avons connu avec le confinement, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle se trouve amélioré, sur le temps long, l’isolement peut nuire gravement à la santé mentale et physique des individus.

Comme le disait Aristote, l’homme est un animal social, il ne peut pas vivre dans une solitude prolongée sans en subir les séquelles.

Il ne faut pas non plus oublier les problèmes pratiques que pose le télétravail. À long terme, il sera difficile pour nombre de gens de maintenir une activité efficace et surtout ordonnée.

En effet, sans agenda précis ni discipline rigoureuse, beaucoup se laisseront peu à peu aller à l’oisiveté. D’autant plus que, chez soi, le risque de distraction est nettement plus élevé : télévision, enfants à charge, tâches ménagères… Pour deux, trois ou six mois, oui, il est possible de travailler à distance, mais qui aurait la discipline nécessaire pour le faire toute une vie ?

Et puis le télétravail creuse la fracture sociale. Il est bien plus simple pour une personne aisée avec un seul enfant à charge de s’isoler dans son bureau privatif pour travailler que pour une mère devant élever ses enfants seule et dont le seul lieu de travail est la table commune de la cuisine !

Autre impact à considérer, le bouleversement radical de tout le maillage socio-économique de nos villes. Dans une journée de travail, un certain temps est consacré à la consommation, notamment dans le secteur de la restauration.

Ainsi, des secteurs entiers dépendent de la demande générée par les travailleurs des bureaux. Ces secteurs pourraient fortement pâtir du télétravail : restaurants, cafés et commerces de proximité.

De plus, la généralisation du télétravail bouleversera le secteur de l’immobilier car une grande partie des « bureaux » pourrait être, soit retirée du marché, soit convertie en appartements, augmentant ainsi la possibilité d’une dépression immobilière et l’explosion de la bulle immobilière.

En résumé, passer au "tout télétravail" implique un changement radical de société loin d’être aussi rose qu’il n’y paraît.