Désindustrialisation française : la mondialisation coupable ?

En débat

Désindustrialisation française : la mondialisation coupable ?

On attribue souvent la désindustrialisation au libre-échange et à l’ouverture commerciale aux pays émergents. C’est un peu facile…

Pages animées par Catherine Barrué et Hadrien Alliot, professeurs d’économie-gestion en CPGE ECT au lycée de la Venise Verte (Niort). Les exposés ci-dessous s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Duel 

Désindustrialisation française : la mondialisation est-elle coupable ?

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Oui, car elle a déclenché une concurrence accrue entre les pays

Elisa Michon,

Étudiante en deuxième année de classe préparatoire ECT au lycée de la Venise Verte (Niort).

Non, la désindustrialisation française vient de l’intérieur

Matthieu Dewailly, 

Étudiant en deuxième année de classe préparatoire ECT au lycée de la Venise Verte (Niort).

L'avis de Elisa Michon, : Oui, car elle a déclenché une concurrence accrue entre les pays

La mondialisation s’est traduite, après la Seconde Guerre Mondiale par des politiques de libre-échange et la mise en concurrence des différentes nations selon les principes posés par les économistes classiques Smith et Ricardo.

Sous l’égide de l’OMC, qui a encouragé la libéralisation du commerce, les entreprises ont pu profiter des avantages comparatifs de chaque nation, par exemple en matière de coût du travail, opposant notamment les emplois qualifiés et non qualifiés.

Cette mondialisation par la concurrence a largement nui au tissu industriel français, victime d’importantes délocalisations en raison d’une compétitivité-prix insuffisante.

Les délocalisations ont aussi été favorisées par l’adhésion de la Chine à l’OMC (2001), qui lui a permis de se hisser au rang d’« atelier du monde », en raison de la large disponibilité de sa main-d’œuvre bon marché.

Si la France dispose encore aujourd’hui de fleurons industriels comme Alstom ou Airbus, force est de constater que la part de l’industrie dans l’emploi total recule depuis les années 1990. Or, c’est dans l’industrie que les gains de productivité sont les plus forts !

C’est donc une source potentielle de croissance qui échappe à l’économie française et dont la mondialisation est en large partie coupable.

Bien que la délocalisation de nos chaînes de valeur soit cohérente avec nos avantages comparatifs dans les services et les produits à haute valeur ajoutée, elle reste inquiétante pour les destructions d’emplois engendrées et la dépendance qu’elle crée à l’égard de l’extérieur, dépendance qui s’avère préjudiciable en temps de crise majeure comme celle du coronavirus.

Par exemple, pour les produits sanitaires, la tertiarisation de notre économie a compromis les capacités de notre industrie à répondre à cette crise. La France doit aujourd’hui se poser la question de sa « réindustrialisation » en repensant largement sa politique industrielle, délaissée depuis des années au profit de la politique de concurrence.

L'avis de Matthieu Dewailly,  : Non, la désindustrialisation française vient de l’intérieur

En 2019, la France subit un déficit manufacturier de 35,5 milliards d’euros, mais le solde s’améliore pour la première fois depuis 2015, ce qui reste insuffisant.

Outre le coût du travail, la France connaît un manque d’attractivité révélé par la mondialisation. Bien que le pays se soit imposé en 2018 comme la première destination européenne pour les investissements dans l’industrie et la recherche-développement, et qu’il dispose d’importantes infrastructures, il existe des freins structurels : un climat social instable du point de vue des investisseurs, un manque de formation dans le capital humain qui laisse certains métiers industriels « en tension », ou encore un tissu industriel de PME trop peu tournées vers l’innovation et l’exportation.

La France manque en outre cruellement d’Entreprises de taille intermédiaire (ETI) susceptibles d’atteindre une « taille critique » permettant de rivaliser avec les plus gros acteurs internationaux.

Finalement, la France n’est pas assez compétitive du point de vue du coût du travail pour concurrencer les pays à bas coût de main-d’œuvre, elle ne l’est pas non plus du point de vue de l’innovation et de la qualité qui n’atteignent pas les standards allemands ou sud-coréens.

Pour relever le défi de la réindustrialisation, la France doit investir dans le facteur humain et en capital, dynamiser davantage ses pôles de compétitivité pour accroître la R & D, et éventuellement entrer au capital social d’entreprises de secteurs jugés stratégiques au travers d’une politique industrielle ambitieuse.

L’objectif est de viser in fine une compétitivité hors-prix pour ne pas subir la mondialisation, mais pouvoir au contraire en tirer profit, à l’instar de l’Allemagne.

En Chiffres

10,2 % 

La Direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l’Économie estime qu’en 2016, l’industrie manufacturière française représente seulement 10,2 % du PIB. En comparaison, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB en Allemagne se monte à 20,6 %, soit deux fois plus qu’en France (source Ifrap).

En Chiffres

30 % 

La quasi-totalité des secteurs de l’industrie accuse une baisse importante du nombre d’emplois salariés. L’industrie française a vu ses effectifs diminuer de plus de 30 % de 1989 à 2017. Dégradation accentuée à partir du début des années 2000 (- 18 % de 2003 à 2017).

Le sous-secteur de la fabrication de textiles et de l’industrie de l’habillement, du cuir et de la chaussure est le plus touché : -76 % entre 1989 et 2017 (source Ifrap).