Développement durable : les entreprises sont-elles sincères ?

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Développement durable : les entreprises sont-elles sincères ?

Certaines sociétés pratiquent le greenwashing (écoblanchiment), utilisant abusivement l’argument écologique pour valoriser des activités tournées purement et simplement vers le profit. Pas simple de distinguer la part de sincérité et de calcul, mais salariés et candidats à l’embauche ne s’y trompent pas.

Les exposés de ces pages s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions des étudiants concernés

Duel étudiant

Développement durable : les entreprises sont-elles sincères ?

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Oui, les entreprises s’impliquent réellement

Denis Bunya,

Étudiant en 2e année de classe préparatoire ECT au lycée de la Venise Verte (Niort)

Non, c’est un faux nez pour le profit

Romain Boujon,

Étudiant en 2e année de classe préparatoire ECT au lycée de la Venise Verte (Niort)

L'avis de Denis Bunya, : Oui, les entreprises s’impliquent réellement

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » C’est par ces mots prononcés en 2002 devant l’assemblée du quatrième Sommet de la Terre à Johannesburg que l’ex-président Jacques Chirac exhortait l’ensemble des acteurs de la vie économique à se sentir concernés par le réchauffement climatique.

Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises s’intéressent au développement durable et affirment mettre en œuvre des actions concrètes pour préserver l’environnement, la santé, la sécurité ou le bien-être de leurs salariés.

Cette Responsabilité sociale des entreprises (RSE) témoigne d’une recherche de performance globale. La RSE a connu une vraie montée en puissance ces dernières années – notamment sous l’effet des crises climatiques et du déclin alarmant de la biodiversité – si bien que M. Porter et M. Kramer considéraient, en 2011, qu’elle était « devenue une priorité inévitable des dirigeants d’entreprise partout dans le monde ».

Beaucoup d’entreprises sont sincères lorsqu’elles affirment s’investir dans le développement durable en tentant à leur échelle de créer des solutions au quotidien.

À titre d’exemple, pour lutter contre le gaspillage alimentaire, la plateforme To Good To Go met en relation des commerçants locaux possédant des invendus alimentaires et des consommateurs avertis. Le moteur de recherche Ecosia reverse, quant à lui, 80 % de ses bénéfices à un programme de reforestation.

Il faut garder à l’esprit que les entreprises sont composées d’individus qui se sentent de plus en plus concernés par l’impact de leur organisation sur la société.

L’engagement RSE est d’ailleurs une demande forte des collaborateurs et des candidats à l’embauche. Paul Polman, PDG d’Unilever (2009-2019) l’a bien compris lorsqu’il a mis en place l’Unilever Sustainable Living Plan, visant à neutraliser l’effet de la croissance du groupe sur son empreinte écologique et à améliorer son impact sociétal global.

Le dirigeant a constaté que plus de la moitié des jeunes diplômés recrutés ont déclaré rejoindre le groupe pour cette raison et que les investisseurs associés à ce programme restaient en moyenne plus longtemps investis dans l’entreprise1.

Pour être prises au sérieux, les entreprises doivent faire preuve de transparence envers leurs parties prenantes et communiquer sur leurs engagements concrets.

L'avis de Romain Boujon, : Non, c’est un faux nez pour le profit

Si les actions avancées par les entreprises en matière de développement sont louables, le consommateur peut se poser la question de leur impact réel et se demander si les promesses faites sont réellement tenues.

D’après une étude du cabinet Deloitte (2018), 70 % des entreprises sont conscientes qu’elles doivent devenir responsables, mais seuls 30 % d’entre elles ont mis en œuvre des actions tangibles.

Les entreprises n’oublient pas que leur finalité première est la maximisation du profit. Leurs stratégies marketing les poussent à s’adapter aux courants sociétaux pour mieux plaire à leurs cibles.

Elles sont largement amorales et prêtes à saisir les opportunités. Les consommateurs sont en effet prêts à payer un « surprix » pour des produits respectueux de l’environnement et des travailleurs. C’est une façon de se différencier et d’acquérir un avantage concurrentiel. Il s’agit donc surtout d’une optimisation de la performance économique au travers d’une meilleure image de marque.

Apple, par exemple, vise la neutralité de son empreinte carbone d’ici 2030 en s’approvisionnant en énergie renouvelable et en finançant des projets de compensation à l’aide de son Fonds d’investissement carbone.

Mais, parallèlement, la firme incite à la surconsommation de produits technologiques fortement consommateurs de matières premières rares non renouvelables, dont l’extraction est particulièrement polluante et stimule cette demande via une obsolescence programmée de ses logiciels.

Par ailleurs, ce qui est jugé responsable aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain : la production de véhicules électriques est actuellement encouragée par les pouvoirs publics et les consommateurs, mais l’impact positif de cette transformation du parc automobile est de plus en plus remis en cause en raison du caractère polluant de la production et du recyclage des batteries au lithium.

Il serait toutefois hypocrite de condamner des entreprises qui se prétendent responsables sans l’être dans les faits, tout en continuant à faire partie de leur clientèle.

Consommer, c’est cautionner. Les clients ont un rôle indispensable à jouer pour orienter les activités des entreprises, si besoin au travers du boycott, vers des comportements plus vertueux.

Pour aller plus loin

1. 70 % des investisseurs intégrés au programme ont accompagné l’entreprise plus de sept ans.

2. Source : Les entreprises et le développement durable en 2016, INSEE