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Faut-il augmenter le Smic ?

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Franck Dedieu, Julia Vincent

Le débat sur la hausse du salaire minimal, le Smic, est un vieux serpent de mer. Pour ses défenseurs, un vrai coup de pouce relancerait la machine économique. Pour ses opposants, il détruirait au contraire des emplois. Il y a match !

Ces exposés s’inscrivent dans le cadre d’un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Faut-il augmenter le Smic ?

Oui, bien sûr !

Aurélien Deside

Étudiant 1ère année IPAG Business School

En fait, non !

Callista Substelny

Étudiante 1ère année IPAG Business School

Aurélien Deside

Un chiffre, un seul, tout petit, bien malingre devrait suffire à s’en convaincre : 7,72 euros nets. Voici, aujourd’hui, le salaire minimum pour une heure de travail. Un tel tarif appliqué au régime des 35 heures hebdomadaires donne seulement environ 1 171 euros nets de cotisations sociales par mois.
Or, pour le seul budget « alimentation », selon une étude du cabinet Sofinscope, les Français déclarent dépenser en moyenne 396 euros. Une fois payés le logement, l’électricité et le gaz, que reste-t-il pour l’épargne, l’éducation et les loisirs ?

Certes le Smic augmente depuis sa création en 1970, selon un système fondé sur l’inflation et l’évolution du salaire moyen, et il garantit donc la stabilité du pouvoir d’achat.

Un levier économique 

Réputée pour son modèle social redistributif, la France est traversée par de grandes inégalités : les 10 % des Français les plus riches se partagent 27 % de l’ensemble des revenus, tandis que les 10 % des Français les moins aisés n’en perçoivent que 2,9 %…

Et puis, au-delà de sa potentielle contribution à une meilleure justice sociale, le Smic est également une arme de relance économique : en 1975, le Premier ministre Jacques Chirac a plusieurs fois augmenté le Smic dans le cadre d’un vaste plan de relance, et ce geste généreux a été bénéfique pour la richesse produite (+ 1,2 % du produit intérieur brut selon les calculs de l’OFCE).

Le mécanisme est simple : les classes les plus défavorisées ont besoin de consommer, donc une hausse de leur rémunération se communique à l’ensemble de l’activité, au grand profit des entreprises qui peuvent plus facilement écouler leurs stocks.

Callista Substelny

L’enfer économique est pavé de bonnes intentions salariales. Augmenter le Smic, c’est d’abord risquer des répercussions néfastes sur les entreprises qui n’ont pas les capacités d’absorber une hausse de la masse salariale.

Le groupe d’experts qui conseille le gouvernement sur ce sujet le formule clairement : « Chaque augmentation du coût du travail amoindrit un peu plus la compétitivité des sociétés françaises. »

Une hausse détruirait des emplois 

Les augmentations du Smic produisent des conséquences importantes sur la distribution des salaires. Comme le nombre de salariés payés au Smic grimpe (1 salarié sur 10 environ), les rémunérations convergent mécaniquement vers le bas. Mais, les effets les plus délétères concernent directement l’emploi : selon une étude publiée en 2000, par les économistes Francis Kramarz et Thomas Philippon, une hausse de 1 % détruirait entre 15 000 et 25 000 emplois.

Les jeunes les moins qualifiés seraient les plus affectés car ils entrent en concurrence directe avec des profils plus diplômés qui, en raison des difficultés à trouver un emploi, acceptent des postes rémunérés au salaire minimum.

Pour finir, augmenter le Smic porte aussi un coup aux finances publiques car les entreprises bénéficient, depuis 1993, d’allégements de charges patronales sur les bas salaires. Selon un rapport de l’Inspection générale des finances de 2010, une hausse de 1,5 % amputerait le budget de l’État de 1,4 milliard d’euros.

Éco-date

1970

En janvier 1970, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas crée le Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) qui succède au Smig (g pour garanti) fondé en 1950 pour assurer un minium vital. En mars 1970, le Smic horaire est de 3,36 francs ou 0,51 euros soit à 3,63 euros actuels.

Éco-date

1993

En juillet de cette année, le Premier ministre Édouard Balladur entame un processus de baisse des charges sociales sur les bas salaires, qui sera poursuivi. Il exonère totalement de cotisations sociales les salaires jusqu’à 1,1 fois le Smic. En 1995, les cotisations patronales d’assurance maladie diminuent également.

Éco-mots

Coût du travail

Pour une entreprise, ensemble des salaires bruts et des cotisations sociales versées par les employeurs.

Coup de pouce

Augmentation du SMIC que peut décider un gouvernement en plus de celle automatique liée à l'inflation.