Faut-il copier le modèle allemand ?

[Débat étudiant]

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Emmanuelle Guedj

Sur le papier, nos voisins d’outre-Rhin montent sur tous les podiums économiques : premier exportateur mondial, virtuose de la lutte contre le chômage, champion de l’équilibre budgétaire. En réalité, c’est plus compliqué. Conversation estudiantine… animée.

Exercice de rhétorique

Les exposés ci-dessus s’inscrivent dans un cours de rhétorique. Ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants.

Faut-il copier le modèle allemand ?

Oui, tout de suite !

Jean-Louis Odia-Kalombo

1re année IPAG Business School (2018-2019)

Attention à la face cachée

Julia Guitton

1re année IPAG Business School (2018-2019)

Jean-Louis Odia-Kalombo

"Le miracle économique allemand ". Ces mots ne viennent pas d’Angela Merkel, ni d’une association pour la promotion de l’Allemagne, mais du très sérieux magazine The Economist, en février 2011. Ce wirtschaftswunder, pour reprendre l’expression dans la langue de Goethe, ne tient pas complètement de la providence divine, mais d’une politique cohérente, logique, et dont nous devons nous inspirer.

Le modèle allemand résulte d’abord d’une réforme du marché du travail, entreprise entre 2003 et 2005 sous l’impulsion du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder et de Peter Hartz, ancien chef du personnel du groupe Volkswagen. Ils ont assoupli le régime d’embauche et de licenciement, encouragé les mini-jobs à 450 euros par mois et les temps partiels, ou encore réduit la durée d’indemnisation du chômage. Cette batterie de mesures a produit des effets sur l’emploi.

Aujourd’hui, le taux de chômage en Allemagne tourne autour de 4 % seulement, contre environ 9% en France. Chez les jeunes, la différence est énorme : 7 % en Allemagne contre 23 % ici. Grâce à la réforme, la stabilisation du coût de la main-d’œuvre a permis aux entrepreneurs d’augmenter leur compétitivité, leurs investissements, leur capacité d’exportation et, au final, leurs emplois.

Même l’État y trouve son compte : un pays riche parvient à équilibrer plus facilement son budget, comme l’indiquent l’absence de déficit public et la baisse du taux d’endettement en Allemagne.

Julia Guitton

Derrière une statistique flatteuse peuvent se cacher de sombres réalités. Prenez la fameuse baisse du chômage en Allemagne : elle s’est accompagnée d’une multiplication des emplois atypiques avec beaucoup de temps partiel et de contrats précaires. Ces jobs peu stables représentent aujourd’hui un emploi sur quatre et largement plus que ça pour les femmes.

Les retraités aussi paient le prix de la réforme. La preuve : quelque 900 000 d’entre eux se retrouvent contraints de prendre un emploi pour compléter leur pension trop faible.

Autre chiffre très trompeur : les excédents budgétaires. L’Allemagne serre ses finances publiques, mais au prix d’un manque cruel d’investissement étatique, en particulier dans les infrastructures et les bâtiments publics. Les investissements publics représentent 2,2 % du PIB contre 3,5 % en France. Même les patrons, soucieux d’emprunter des routes et des voies de qualité, s’en plaignent. Comme les économistes du Fonds monétaire international, préoccupés par les effets dépressifs de cette approche budgétaire sur la croissance européenne.

Conclusion : méfiance à l’égard des modèles venus de la rigoureuse Allemagne, de la sociale-démocrate Scandinavie ou de la libérale Angleterre…

Éco-mots

Investissements publics

Ils regroupent l’ensemble des dépenses publiques en vue d’améliorer la capacité de production du pays (construction, recherche et développement…). Mais, aujourd’hui, en France, 58 % des dépenses engagées par les administrations publiques se consacrent à la protection sociale (retraites, chômage).

Éco-histoire

Wirtschaftswunder L’expression « miracle économique allemand » apparaît dans les années 1950. Le pays sort exsangue de la guerre et relève rapidement la tête sous l’effet vertueux du plan Marshall, des dépenses publiques d’investissements et de l’action dynamique d’un patronat très soucieux de faire tourner à nouveau les usines pour exporter.

38,4 milliards

Ce sont les excédents budgétaires dégagés par l’Allemagne en 2017. Depuis 2014, le pays dépense donc moins qu’il ne gagne et parvient à réduire son endettement public. À l’inverse, la France accumule les budgets en déficit (depuis 1975) et sa dette représente désormais 99 % de son PIB.

Éco-chiffre

36,62 euros Le coût de l’heure de travail en Allemagne dans l’industrie et les services marchands selon Eurostat. Contre 38,33 euros en France. Outre-Rhin, ce coût augmente, depuis 2000, au rythme annuel de seulement 1,8 %, contre 2,4 % dans l’ensemble de la zone euro.