La crise du Covid-19 va-t-elle changer le capitalisme ?

En débat

La crise du Covid-19 va-t-elle changer le capitalisme ?

La pandémie est venue bouleverser l’économie globale. Pour autant, la crise sanitaire débouchera-t-elle sur un autre capitalisme ? Affrontement rhétorique entre deux anciens délégués du G7 des jeunes (en 2016 et 2019), une initiative de l’Institut Open Diplomacy.

Les exposés ci-dessous s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Le duel

Le Covid-19 va-t-elle changer le capitalisme ?

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Non, il faudrait bien plus que ça

Sébastien Shulz,

Doctorant en sociologie à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée

Oui, des modèles de société alternatifs existent

Khadija-El-Kalila Ben Romdhane,

Étudiante à Sciences Po

L'avis de Sébastien Shulz, : Non, il faudrait bien plus que ça

Aucune crise – même le krach de 1929 ou la Seconde Guerre mondiale – n’ont conduit au dépassement du capitalisme.

Celle du Covid ne semble pas devoir faire exception. D’abord, parce que le capitalisme s’adapte.

Comme l’expliquent Ève Chiapello et Luc Boltanski, il absorbe les critiques en changeant de forme pour mieux préserver son fond. Mieux, Naomi Klein montre que les chocs – guerres, catastrophes naturelles, etc. – sont des occasions propices à son expansion.

De la récession qui s’annonce, nul doute que, comme par le passé, certaines multinationales sauront tirer profit.

Les Gafam, par exemple, font leur miel des mesures de distanciation sociale contraignant d’accomplir via leurs plateformes toujours plus d’activités sociales, accélérant l’hégémonie du capitalisme numérique. Les investisseurs ne s’y trompent pas : le Nasdaq et la capitalisation boursière d’Apple battent des records.

Ensuite, les élites politiques, toutes issues de la moyenne et grande bourgeoisie, semblent incapables de penser la sortie d’une société capitaliste dont elles sont les grandes gagnantes. Au mieux, elles souhaitent l’amender.

L’épidémie ayant fait comprendre l’intérêt d’un minimum de souveraineté économique, le capitalisme deviendra un peu plus nationaliste, un peu moins libre-échangiste.

Mais en substance, les plans de relance actuels ne dessinent aucun changement de notre mode capitalistique de production et de consommation. Comme en 2008, le gros de l’argent du contribuable va renflouer les entreprises too big to fail.

C’est peut-être la meilleure politique à mener dans le système capitaliste actuel… pour le faire perdurer. En attendant, aucune politique ambitieuse alternative – sociale et solidaire, écologique – n’est menée.

Et rien n’est fait pour réduire les inégalités causées, comme le montre Thomas Piketty, par les lois tendancielles du capitalisme aggravées par les récentes réformes de l’ISF, du travail et du chômage.

Enfin, une mutation du capitalisme exigerait celle de nos individualités. Mais comme le rappelait le philosophe Bernard Stiegler, le capitalisme est libidinal : il s’appuie sur nos désirs pour nous pousser à consommer.

Or il faudrait une sacrée dose d’autocritique et d’énergie politique pour nous engager dans la lutte qui permettrait de faire plier les gagnants du capitalisme.

J’espère me tromper, mais nous semblons loin d’emprunter cette voie.

L'avis de Khadija-El-Kalila Ben Romdhane, : Oui, des modèles de société alternatifs existent

Le choix du confinement total, accompagné de politiques sociales d’urgence, remet en cause la pérennité du capitalisme néo-libéral.

Par la nature transcendante de la crise sanitaire, ce système d’exploitation a été contraint de soutenir sa masse salariale, au risque de revivre les crises financières d’antan. Le mode d’accumulation illimitée et effrénée du profit a plié.

Comme le démontre l’économiste Patrick Artus, non seulement le système capitaliste change, mais la survie de son paradigme en dépend. Car oui, une implosion populaire le guette. 

Les premiers pas vers un modèle de société plus résilient peuvent déjà être constatés. Sur le plan économique, la pénurie de masques et de médicaments a exposé la fragilité des chaînes de valeur mondiales. La dépendance aux industries asiatiques incite à la régionalisation de la production et au recul significatif des investissements internationaux.

Le soutien massif aux entreprises a affirmé la primauté de l’intérêt général sur les valeurs individualistes. Cependant, l’impact de la crise sur notre pays aurait été différent si l’investissement dans un système social et sanitaire de qualité avait été la priorité, ces dernières années.

Cette crise s’inscrit dans la continuité de l’essoufflement du système. L’urgence d’une transition résiliente, juste et assumée résonne dans le monde entier et ne saurait se satisfaire de lamentations.

Des modèles alternatifs existent. La prochaine étape devrait être la dislocation des rouages d’un système reproducteur d’inégalités. Comme le montre l’économiste Thomas Piketty, la clé du changement réside dans l’économie verte et l’utilisation des mécanismes de redistribution.

La priorité, c’est une justice fiscale ambitieuse ciblant les acteurs de la perpétuation du système et leur mode d’enrichissement. Car même après la crise, les 10 % les plus aisés détiendront toujours plus de 90 % de la richesse mondiale.

Qu’attendons-nous pour changer les choses ?

En Chiffres

11 000 milliards

Montant mondial, en dollars, de tous les plans de relance consécutifs à la crise du coronavirus, selon une note du FMI de juillet 2020.

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