Le numérique a-t-il réellement transformé l’entreprise ?

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Le numérique a-t-il réellement transformé l’entreprise ?

Alors que des millions de salariés sont en télétravail, force est de constater que ce sont les services numériques qui ont permis aux entreprises de maintenir une certaine forme d’activité.  Mais le numérique se résume-t-il au télétravail ? A-t-il réellement changé le fonctionnement de l’entreprise au niveau économique, juridique ou managérial ?

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Oui. Toutes les fonctions sont affectées

Imen Korsia, en deuxième année de STS MCO au lycée Récamier (Lyon) (à gauche).

Le numérique est omniprésent dans nos vies et dans les entreprises. Il bouleverse l’organisation de celles-ci et change le quotidien des collaborateurs.

Par exemple, pour monter et gérer les projets, les entreprises utilisent des plateformes collaboratives. Cela permet de faciliter la communication entre les salariés, de suivre les comptes du projet et de centraliser les ressources et les outils. C’est un gain de temps considérable, car tous les membres de l’entreprise peuvent consulter cette plateforme à tout moment, en même temps ou pas.

Comme l’énonce Maurice Thévenet (professeur au Cnam et à l’ESSEC Business School), la culture d’entreprise a été fortement touchée et le numérique fait naître une nouvelle culture fondée sur les nouveaux outils (Cloud, Big Data, solutions SaaS…).

Cela s’applique également aux ressources humaines. Le recrutement est de plus en plus numérisé avec notamment une recherche des traces que les candidats laissent sur les réseaux sociaux.

Le numérique impacte également la productivité. D’après le cabinet McKinsey, une entreprise qui réussit sa mutation numérique peut espérer une augmentation de son résultat opérationnel de 40 %.

En revanche, celles qui ne parviendront pas à s’adapter risquent une réduction de 20 % de leur résultat opérationnel. L’efficacité des nouveaux outils numériques peut faire énormément progresser l’entreprise.

Prenons l’exemple du CRM ou GRC (Gestion de la relation client), en français. Il s’agit de la stratégie de relations et d’interactions d’une entreprise avec ses clients ou prospects, mais aussi avec ses fournisseurs.

Cette stratégie est aujourd’hui au centre de tous les échanges entre le consommateur et l’entreprise. Le numérique permet d’atteindre une efficacité et une customisation incroyables dans le CRM. Alors oui, vraiment, le numérique change l’entreprise.

Non. Pas vraiment.

Assunto SENE, en deuxième année de STS MCO au lycée Récamier (à droite).

IDC, groupe de conseil sur les technologies de l’information prévoit que d’ici 2021, 50 % du PIB mondial sera lié à l’activité numérique. Il faut donc se demander si ce dernier a vraiment changé l’entreprise. 

En réalité, celle-ci ne change pas, elle s’adapte par nécessité, par obligation ou par peur. Mais sans véritable volonté de se transformer.

La révolution numérique apporte de la croissance à certaines entreprises. Ainsi, les Gafam ont su exploiter les données personnelles, une vraie mine d’or à l’ère numérique, leur permettant d’atteindre leur statut actuel de géants incontournables.

Mais beaucoup d’entreprises échouent dans leur transition vers le numérique, elles pensent parfois que leur fonctionnement ne présente aucune faille.

Elles devraient se poser des questions sur leur avenir. La concurrence ne s’arrête jamais et les entreprises doivent sans cesse innover, elles ont besoin pour ça d’une main-d’œuvre qualifiée et formée qui utilise beaucoup les services numériques.

Le numérique a des effets ambivalents sur l’emploi et le travail, d’après le phénomène de destruction créatrice d’emplois de Joseph Schumpeter : d’ici 2022, 75 millions d’emplois vont être détruits pour une création avoisinant les 133 millions !

Mais cette nouvelle ère sera-t-elle profitable à tous ? Pas sûr. Les métiers créés vont demander de plus en plus de compétences qui ne seront pas accessibles à tout le monde.

Aujourd’hui, 15 % des 30-60 ans n’ont aucune compétence numérique et 47,3 % de la population ne maîtrise pas au moins une compétence numérique de base.

Cela amènera une division des forces de travail en deux catégories : d’un côté, les personnes qualifiées possédant des compétences digitales, avec des emplois stables.

De l’autre, les gens numériquement fragiles qui risquent la précarité et ont peu de chances d’en sortir. Le numérique n’a rien apporté de nouveau, il a creusé l’écart entre ces deux catégories. De nouvelles inégalités apparaissent à cause de l’illectronisme et du manque de diplôme.