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Les footballeurs sont-ils trop payés ?

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Chafik Yahou

Souvent montrés du doigt, les rois du ballon rond sont perçus par beaucoup, à tort ou à raison, comme des machines à cash. Faut-il s’émouvoir des salaires mirobolants de ces sportifs hors norme à l’heure des revendications sociales tous azimuts ? Le débat est ouvert… et houleux.

Ces exposés s’inscrivent dans le cadre d’un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Les footballeurs sont-ils trop payés ?

Oui, c’est indécent

Philippo Ramisoda

1ère année de BTS NDRC (Négociation et digitalisation de la relation client) à l’ENC Bessières

Non, c’est la loi du marché

Afaf Mokadem

1re année de BTS NDRC (Négociation et digitalisation de la relation client) à l’ENC Bessières

Philippo Ramisoda

C’est d’ailleurs l’avis de 96 % des Français. Les revenus de certains joueurs sont indécents : plus de trois millions d’euros par mois pour Neymar, alors que le salaire moyen en France est de 2 200 euros. Le salaire mensuel de Mbappé (1,7 million d’euros) est bien supérieur au patrimoine de la majorité des Français.

Avec la crise économique, le nombre de pauvres en France et dans le monde, des joueurs qui courent après un ballon perçoivent des salaires insolents alors que des personnes bien plus utiles pour la société – infirmiers, professeurs et ouvriers – ont parfois des fins de mois difficiles. Est-ce cela, les valeurs de notre société ? En plus, les revenus sportifs et les revenus publicitaires pervertissent l’esprit du sport. C’est devenu un business qui profite à ceux qui ont les moyens de se payer les services des meilleurs joueurs pour gagner des titres et vendre le plus de maillots possible.

L’argent ternit l’image du sport, ce n’est plus une compétition véhiculant des valeurs de respect et de partage, mais une lutte entre capitaux pour gagner des titres et de l’argent. Aujourd’hui, sept ou huit clubs concentrent les meilleurs joueurs du monde et se succèdent chaque année pour décrocher les titres les plus prestigieux. Il n’y a qu’à voir l’attribution des Ballons d’or depuis 10 ans. C’est une compétition malsaine, d’autant que les lois et les règlements vont dans leur sens : explosions des droits TV, mobilité des joueurs étrangers.

Non seulement les joueurs sont trop payés, mais ils oublient souvent d’où ils viennent, comme le laisse entendre le comportement de nombre d’entre eux. Certains pratiquent l’évasion fiscale. Messi et Ronaldo ont été condamnés à verser 2,1 millions et 3,2 millions d’euros d’amende au fisc espagnol.

Afaf Mokadem

Les salaires des joueurs sont fixés par l’offre et la demande. Ils ne perçoivent que ce que les clubs et les annonceurs sont prêts à payer pour bénéficier de leurs services et de leur image. Et puis, de qui parle-t-on exactement ? 2 % d’entre eux seulement gagnent plus de 600 000 euros par mois. Certains joueurs de Ligue 1 touchent 2 800 euros par mois ; 45 % des joueurs professionnels en France perçoivent moins de 1 000 euros par mois.

Si on se concentre sur les élites du foot, il faut aussi comprendre que c’est une vie de sacrifices. Il faut beaucoup de talent pour parvenir au sommet, mais aussi de la discipline, de la résistance à la pression et aux médias. Les carrières sont courtes et risquées, elles peuvent s’interrompre brutalement. Les joueurs n’ont souvent ni formation ni diplôme pour gagner autrement leur vie. D’ailleurs, un joueur sur deux se retrouve ruiné cinq à dix ans après sa fin de carrière, car il ne sait pas gérer sa vie d’après.

On s’acharne sur les footballeurs aussi parce qu’ils sont souvent issus des classes très populaires. Un peu comme si on voulait leur interdire d’être riche. D’autres sports comme le tennis, le golf et la F1, qui sont des sports individuels réservés à une élite, payent énormément les compétiteurs, mais là, personne ne proteste.

Après tout, les footballeurs assurent un spectacle et font rêver des millions de personnes, ce sont des idoles pour beaucoup de jeunes dans nos quartiers. Ils sont méritants. Personnellement, je suis bien contente que le spectacle se passe chez nous en France avec des clubs comme le PSG plutôt que de toujours voir d’autres pays s’attirer les projecteurs. Il y a des externalités positives pour notre image et nos commerces dans ce sport. Autre chose, ne pas oublier que beaucoup de joueurs s’engagent auprès d’associations caritatives. Après la Coupe du monde en Russie, Kylian Mbappé a par exemple distribué toutes ses primes à des centres de formation.

Éco-chiffres

Salaires perçus par les footballeurs professionnels en France selon Statista :

  • 43 % de 0 à 940 euros
  • 29,1 % de 941 à 3 764 euros
  • 11,5 % de 3 765 à 7 527 euros
  • 14,2 % gagnent plus de 7 528 euros.

Éco-mots

Évasion fiscale

Fait d'établir illégalement une partie ou la totalité de ses activités ou de son patrimoine hors de son pays pour échapper à l'impôt.

Externalité positive

Situation dans laquelle un agent économique profite des effets positifs d’une activité économique sans en payer le prix.