L’inflation est-elle bel et bien morte ?

En débat

L’inflation est-elle bel et bien morte ?

Disparue des pays développés depuis le milieu des années 80, on l’a crue disparue à jamais. Pourtant, certains prédisent son retour… En tout cas, elle bouscule la théorie économique classique.

Animé par Anne Neymann, professeure d’économie en CPGE ECT au lycée Chevrollier, à Angers. 

Les exposés ci-dessous s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Le duel

L'inflation a-t-elle disparue à jamais ?

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OUI, elle baisse depuis une trentaine d’années

Alix Hervé,

Étudiante en deuxième année de CPGE ECT au lycée Chevrollier, à Angers

NON, elle peut très bien revenir

Laurane Kervinio,

Étudiante en deuxième année de CPGE ECT au lycée Chevrollier, à Angers

L'avis de Alix Hervé, : OUI, elle baisse depuis une trentaine d’années

Il existe des signaux qui laissent à penser que l’inflation est morte.

Tout d’abord, la concurrence et la guerre des prix. Le consommateur cherche constamment à acheter à moindre coût.

Par conséquent, les entreprises n’ont d’autre choix que de baisser au maximum leurs prix pour rester compétitives. Pour y arriver, elles peuvent compter sur la main-d’œuvre à bas coût de la Chine ou des pays de l’Est.

Ce n’est pas tout. Internet et l’économie du partage, avec des plateformes comme Airbnb et Uber, qui viennent concurrencer respectivement les hôtels et les taxis à des prix plus bas, ne permettent pas l’inflation.

En situation de plein emploi, les salaires seront revus à la hausse, ce qui peut conduire à une augmentation des prix, l’inflation. Mais, nous le savons, le chômage ne va pas diminuer tout de suite, crise économique oblige.

En outre, les pays développés sont touchés de plein fouet par le vieillissement de leur population. Or il existerait une corrélation négative entre ce phénomène démographique et l’inflation.

Le vieillissement contribue à la mollesse de la croissance et de la demande et si la tension sur les facteurs de production est faible, alors, l’inflation le sera aussi. Enfin, la crise du Covid-19 enterre un peu plus l’inflation.

Les politiques libérales menées à partir des années 80 se sont non seulement traduites par plus de concurrence, mais par un partage des richesses plus favorable aux profits et à l’épargne qu’aux salaires et à l’investissement. Ces éléments ont tué l’inflation par une demande structurellement inférieure à l’offre.

Au niveau monétaire, de même, les banques centrales menaient des politiques d’inspiration monétariste, recherchant la stabilité des prix avant tout.

Aujourd’hui, à l’inverse, elles ont beau injecter massivement des liquidités dans l’économie, pas d’inflation. Malgré les milliards d’euros débloqués par la BCE, dans la zone euro, les prévisions d’inflation ne sont que de 0,3 % pour 2020.

La théorie quantitative de la monnaie liant le niveau des prix et la quantité de monnaie en circulation n’est absolument pas vérifiée, ce qui renforce la théorie monétaire moderne selon laquelle les États peuvent se financer sans limites par création monétaire.

Car l’inflation n’est plus.

L'avis de Laurane Kervinio, : NON, elle peut très bien revenir

Tout d’abord, la mesure de l’inflation fait débat. Les statistiques pourraient en fait mal traduire la réalité. Certaines dépenses, telles que le logement, dans l’Indice des prix à la consommation (IPC), qui sert de base au calcul de l’inflation, sont mal prises en considération.

En réalité, l’inflation n’est qu’une variation moyenne des prix, ces derniers pouvant beaucoup augmenter dans certains secteurs. Outre le logement, la raréfaction des ressources naturelles, en particulier des matières premières, se reflétera très certainement sur les prix quand la demande mondiale les concernant repartira.

Par ailleurs, la crise du Covid-19 pourrait marquer la fin d’une période déflationniste. L’interdépendance des économies liée à la mondialisation et à la fragmentation des chaînes de valeur, voire la dépendance de certains pays inquiète désormais et on parle beaucoup de relocalisation industrielle.

Cela, combiné à une tentative des entreprises de se redresser financièrement, pourrait se répercuter sur les prix des biens et des services et in fine sur l’inflation.

Car l’inflation n’est pas qu’un phénomène économique. Elle est aussi une conséquence des décisions politiques, géopolitiques, environnementales ou sociales.

Une tendance protectionniste se dessinait avant même la pandémie, avec notamment l’« America first » de Donald Trump, qui l’a conduit à mener une guerre commerciale féroce contre la Chine. Si on relocalise le tissu productif et si on augmente le prix des exportations chinoises, l’inflation pourrait accélérer.

La BCE, elle, poursuit une politique monétaire ultra-expansionniste. Elle s’apprête à revoir à la hausse son objectif d’inflation (originellement inférieur à 2 %), espérant créer une anticipation inflationniste. Elle injecte massivement de la monnaie dans l’économie réelle.

Ces liquidités soutiennent la demande à crédit des États, des entreprises, des ménages et alimentent la montée des prix sur certains marchés (immobilier, financier…). L’économie mondiale bat des records d’endettement !

Il est donc bien trop tôt pour enterrer l’inflation. Elle existe dans certains pays comme le Venezuela, en proie à l’« hyperinflation » depuis 2013.

Et même dans les pays développés, elle pourrait à long terme réapparaître… voire se réincarner sous la forme de bulles, c’est-à-dire de hausses des prix localisées. Et cela, à plus court terme.