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Pour relancer la croissance faut-il baisser les impôts ?

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Martine Peyrard-Moulard

Après l’annonce du budget de l’État 2019 et à l’orée du prélèvement à la source, les impôts sont plus que jamais dans la lumière. Et font toujours débat, entre ceux qui souhaiteraient voir diminuer les taxes pour stimuler l’économie et les pro-prélèvements obligatoires pour qui les impôts sont le garant d’une certaine cohésion sociale.

Ces exposés s’inscrivent dans le cadre d’un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Pour relancer la croissance faut-il baisser les impôts ?

Oui, évidemment

Caroline Thyss

Étudiante, 2année, présidente de l’association EBS Ambassadeurs EBS Paris, école de management

Non, surtout pas

Alexandre Delahaye

Étudiant 2année, vice-président de l’association EBS Ambassadeurs EBS Paris, école de management

Caroline Thyss

La France détient le triste record, avec le Danemark, du poids des prélèvements obligatoires, plus de 44 % du PIB. Cela pèse sur les revenus et le pouvoir d’achat des contribuables : les ménages ne peuvent dépenser davantage ou épargner et les entreprises manquent de moyens pour financer des investissements permettant d’être plus productif et compétitif. Moins d’impôts et moins de taxes, ce serait bénéfique à la croissance et à l’emploi. D’ailleurs, le gouvernement l’a bien compris, avec la mise en place, depuis 2018, de crédits d’impôts pour les entreprises, flat tax pour les revenus du capital ou réforme de l’impôt sur la fortune (ISF).

En plus, baisser ces prélèvements remotiverait ceux qui veulent prendre des risques, créer des entreprises, accepter plus de responsabilités et cela rendrait la France plus « business friendly ». Souvenons-nous du ras-le-bol fiscal des « bonnets rouges » en 2013, ces entreprises de transport qui refusaient de verser une écotaxe sur les autoroutes ou des « pigeons », ces autoentrepreneurs et créateurs de start-up contestant la hausse des taxes sur le capital et les cessions d’entreprises. Sans oublier l’importance de l’exil fiscal – entreprises comme particuliers –, qui prive l’économie de leurs dépenses, de leurs investissements et de leur épargne. Comme le dit Laffer, trop d’impôt tue l’impôt !

L’impôt est une contribution de tous au fonctionnement de l’État-providence, mais il ne peut être confiscatoire : plus de la moitié des Français ne paient pas l’impôt sur le revenu, seuls 10 % supportent plus de 70 % de l’impôt. On peut aussi s’interroger sur l’efficacité et la légitimité de tels prélèvements : la croissance reste faible (1,6 %), le chômage reste élevé (9 % environ), la pauvreté aussi (14 %). Les inégalités ne baissent pas… Là où les prélèvements sont moins lourds, les performances sont bien meilleures (États-Unis, Angleterre, Allemagne, Suisse…)

Alexandre Delahaye

Les impôts, les taxes ou les cotisations sociales sont nécessaires car ils financent les services publics – qui sont gratuits ou quasiment – et aussi la protection sociale. C’est notre État-providence. Grâce aux prélèvements obligatoires, les inégalités de revenus ou d’accès à l’éducation ou à la santé sont réduites. Les plus démunis ne sont pas exclus de la société. Ainsi, la cohésion sociale est préservée.

Et puis la collectivité en profite : la santé et l’école gratuites, par exemple, assurent à l’économie une main-d’œuvre bien formée et en bonne santé ; ce sont des dépenses à effets externes positifs. Cela représente un véritable atout pour la productivité et la compétitivité et donc pour la croissance, le bien-être et le développement économique.

Baisser les impôts ne permettrait plus à l’État d’avoir les moyens de mener sa mission de correction de la répartition inégalitaire des richesses par leur redistribution grâce aux prélèvements et aux transferts sociaux, au profit de toute la collectivité et surtout des plus démunis. Les conséquences pourraient être dramatiques en termes d’accès aux biens les plus nécessaires. La solidarité fait partie de nos valeurs et la cohésion sociale a un prix.

La baisse des prélèvements dégraderait la qualité des services publics et remettrait en cause nos principes essentiels que sont l’égalité et la solidarité. La démocratie pourrait même en pâtir dans une société où le bien-être matériel est un marqueur social fort. Par ailleurs, si la France reste un pays aussi attractif pour les étrangers, les ménages ou les entreprises, c’est largement pour la qualité de ses infrastructures, de sa main-d’œuvre et la qualité de vie en général.

La concurrence fiscale et sociale en Europe et dans le monde explique que le sujet soit controversé, mais plutôt que de chercher à vouloir « moins » d’État, peut-être faut-il réfléchir à obtenir « mieux » d’État ? Cela signifie débattre du système économique et social et des missions de l’État-providence permettant d’atteindre l’efficacité économique, mais aussi sociale pour un vrai bien-être global.

Éco-date

1er Janvier 2018

L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) remplace l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune). Progressif, il s’applique quand la valeur nette du patrimoine immobilier excède 1,3 million d’euros, mais se déclenche à partir d’un patrimoine de 800 000 euros (0,5 %). Au-delà de 10 millions, le taux est de 1,5 %. Le total des impôts sur les revenus et l’IFI est plafonné à 75 % des revenus de l’année.

Éco-chiffre

44,3 % du PIB

Le taux de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales), indicateur de l’intervention économique et sociale de l’État français. La France est connue pour ses prélèvements élevés, qui frappent surtout l’activité de production. En moyenne, il s’établit à 40 % dans l’UE. Rappelons que les prélèvements obligatoires servent à financer les services publics et la protection sociale.

Éco-mots

Impôt direct

Impôt versé directement par les contribuables à l’administration fiscale (impôt sur le revenu, taxe d’habitation…).

Impôt indirect

Impôt perçu par un intermédiaire (le redevable) qui le reverse à l’administration fiscale. C'est le cas de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Flat tax

Impôt en vigueur depuis 2018, cet impôt taxe les revenus du patrimoine au taux unique de 30%. L’objectif est d’orienter l’épargne vers « l’économie productive » et de limiter l’exil fiscal.