Faut-il repousser l’âge de départ en retraite ?

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Serge Guérin, Bénédicte de Peyrelongue

Dans un contexte de vieillissement de la population et du besoin de financement qui en résulte, la question de savoir s’il faut travailler plus longtemps se pose à nouveau… Deux étudiants débattent.

Les exposés de ces pages s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.

Faut-il repousser l’âge de départ en retraite ?

Non

Thomas Richard

Étudiant en M1, cursus achat et logistique, INSEEC School of Business and Economics.

Évidemment

Pirathipa Uruthirasingham

Étudiante M1 Marketing Digital, INSEEC School of Business and Economics

Thomas Richard

La question du départ en retraite fait débat depuis plus 40 ans, aussi bien sur le plan social, économique que philosophique. Accepter d’augmenter une nouvelle fois l’âge légal de départ reviendrait à faire du travail l’élément central, fondateur et fédérateur de la société. Repousser l’âge de la retraite entraîne l’occupation plus longue de certains postes, ce qui a pour conséquence l’augmentation du taux de chômage. Libérer des postes détenus par des seniors aurait une incidence sur les 22,6 % de jeunes actifs au chômage.

Repousser l’âge de départ rend plus difficile le turnover entre générations. De plus, une personne qualifiée en fin de carrière est payée davantage qu’un jeune employé venant d’arriver sur le marché. À terme, cette situation entraîne une charge supplémentaire pour les entreprises.

De plus, les principaux arguments en faveur d’un recul de l’âge légal sont généralement avancés par des personnes évoluant dans un milieu aisé, d’une catégorie socioprofessionnelle supérieure et qui n’ont pas ou peu connu de métier considéré comme pénible. Pour d’évidentes raisons, il est beaucoup plus facile de poursuivre sa carrière à des âges avancés dans des secteurs et des métiers sans pénibilité.

Partir plus tard à la retraite, pour les seniors déjà sortis de l’emploi, reviendrait à les maintenir plus longtemps dans une situation de chômage, de précarité, voire de fin de droits. Ce qui va accroître le coût du chômage pour le pays et réduire la capacité de consommation et d’épargne de nombreux seniors.

Pour conclure, il convient donc de se demander : à quoi bon une réduction hebdomadaire du temps de travail si, en parallèle, il est allongé sur toute la durée d’une vie ?

Pirathipa Uruthirasingham

L’OCDE, l’organisation de coopération et de développement économique, est favorable à cette idée. Cela permettrait de diminuer les dépenses publiques qui ont continué de progresser en 2018. Et de baisser la fiscalité, ce qui pourrait favoriser la croissance du pays, actuellement au ralenti.

Pourquoi ? Augmenter l’âge de la retraite de deux ou trois ans signifierait une augmentation de la productivité (car nos seniors sont expérimentés). Cela pourrait générer 200 000 emplois. D’ici 2030, si l’on décidait de relever l’âge de six mois par génération, le PIB s’élèverait de 1 %.

Depuis 2010, l’espérance de vie des Français augmente. Aujourd’hui en France, on estime qu’une personne sera à la retraite pendant en moyenne 23 ans, soit la durée la plus longue du monde ! Il y a actuellement trop peu d’actifs pour financer les pensions. En prenant en compte cette augmentation de l’espérance de vie ainsi que le nombre croissant de retraités, augmenter l’âge légal de la retraite permettrait de soulager les cotisants et de conserver un bon niveau de pension.

L’âge actuel de départ en retraite chez nous est de 62 ans. Contrairement aux idées reçues, augmenter cet âge légal n’est pas si injuste et de nombreux gouvernements socialistes se sont engagés dans cette voie pour sauver leur système de retraite.

La Norvège, le Danemark et l’Islande, pays où les systèmes sociaux sont les plus performants, l’ont fixé à 67 ans. Chez nos voisins belges et allemands, il est de 65 ans et pourrait augmenter encore. Pourquoi ne pas s’inspirer de ces pays qui, par ailleurs, présentent d’excellents résultats sociaux et économiques ?

Éco-chiffres

Avec 1,7 cotisant pour 1 retraité, les cotisations sociales ne suffisent pas à payer les retraites. Pour le Conseil d’orientation des retraites, l’équilibre ne sera pas de retour avant 2051. D’autant que le ratio va continuer de baisser pour atteindre, en 2040, 1,5 cotisant pour un retraité. En 1945, on comptait 4 cotisants pour 1 retraitéL’allongement de l’espérance de vie à la retraite et la faiblesse du taux d’activité des 15-65 ans expliquent ce déséquilibre croissant.

Éco-dates

Avant 1910, la prise en charge des « vieux » travailleurs repose sur des initiatives patronales locales.

Jusqu’en 1945, les débats et projets se multiplient, sans réel résultat.

1945-1946 : instauration d’un système de retraite par répartition. Âge légal : 65 ans.

1982 : l’âge de départ passe à 60 ans.

2010 : l’âge de la retraite repasse à 62 ans.

Éco-mots

Système par répartition

Les cotisations versées par les travailleurs et leurs employeurs servent à payer les retraités. En résumé, les actifs cotisent pour les retraités d’aujourd’hui. Ce système repose donc sur la solidarité entre les générations.

Actif

C'est une personne qui est en activité professionnelle ou qui est à la recherche d’un emploi. Soit 29,6 millions de personnes.

Inactifs

Ils sont considérés comme ne faisant rien. Mais étudier est en soi une activité et de nombreux étudiants travaillent ou sont bénévoles. De même, les retraités restent très actifs au sein de leur commune ou d’associations.