Dans Viva la libertà, une élection remportée grâce au charisme... et sans parler fond

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Dans Viva la libertà, une élection remportée grâce au charisme... et sans parler fond

Dans cette comédie politique italienne, le chef du parti socialiste, en difficulté pendant la campagne, disparaît du jour au lendemain. Il est remplacé au pied levé par son jumeau, qui redresse la barre grâce à son seul charisme.

Pop Éco : Quand Pour l'Éco décrypte par la pop culture un sujet économique. Ici, la démagogie et le populisme.

« Pour moi, ce malaise est une bénédiction. Les gens aiment le côté humain, les ragots. – Ils aiment aussi la merde, Francesco, mais ce n’est pas une raison pour leur en donner. » La réunion de crise du parti socialiste italien après la disparition inopinée de leur leader, Enrico Oliveri, est animée.

Son fidèle directeur de cabinet tente de faire croire à un malaise. En réalité, usé par la violence de la vie politique qui s’est traduite par une agression au cours d’un meeting, celui-ci a disparu sans prévenir. « J’ai besoin de temps pour respirer, confie-t-il à une proche. J’ai conscience de ce que ça va déclencher à Rome. Je veux voir ce que ces connards vont faire sans moi. » Déjà en difficulté en vue des prochaines élections, la gauche ne sait effectivement pas quoi faire.

Une campagne sans langue de bois

Fichu pour fichu, le fidèle directeur de cabinet fait un pari fou. Il se tourne vers le frère jumeau d’Enrico, Giovanni, tout juste sorti d’hôpital psychiatrique. Profitant de leur ressemblance physique, il accompagne le néo-député dans les méandres de la politique italienne, fameuse pour ses coalizione fragiles.

« C’est un forum organisé par la fac d’économie. Voilà le discours. Vous devez juste le lire. Ils veulent connaître notre ligne. » Le frère jette le papier : « Je vais improviser. » Le conseiller est pris de sueurs froides. Ce ne seront pas les dernières.

Une victoire électorale grâce au bluff et à la poésie

Mais Giovanni est un voltigeur des mots, un amoureux de philosophie et un fin connaisseur de l’histoire politique de son pays. Sa candeur, son sens de l’improvisation, son lyrisme le font retomber sur ses pattes à chaque question de la presse, à chaque réunion politique. Il fait même danser une Angela Merkel séduite durant un tête-à-tête.

Il casse les codes, critique les errances de son parti et rompt avec la langue de bois, au grand bonheur des journalistes, qui attendent chacune de ses sorties avec la ferveur de groupies. « Enrico était un merlan frit », juge un compagnon de route du parti. « Aujourd’hui, c’est un requin qui n’épargne personne. »

La foule aussi chavire quand, à Rome, pour son grand meeting de campagne, il récite sans fiche le poème Aux hésitants, de Bertolt Brecht. « Moi, un type comme vous, je voterais pour lui », lui avoue, gêné, l’expérimenté et cynique directeur de cabinet. Il n’est pas le seul. Le parti s’envole dans les sondages, prêt à reprendre le pouvoir.

« Au fond, politique et cinéma ne sont pas si éloignés », assure un réalisateur français au frère exilé à Paris. « Dans les deux, le bluff et le génie cohabitent. Souvent, ce n’est pas si facile de les distinguer. »

Making-of

Le réalisateur Roberto Andò adapte ici à l’écran son roman Il Trono vuoto (Le Trône vide). L’acteur Toni Servillo incarne les deux rôles dans une performance qui vaut à elle seule le coup d’œil. Sur la démagogie, le film est finalement ambigu. Le personnage n’a rien d’un clown grotesque à la Silvio Berlusconi ou à la Beppe Grillo. Il s’apparente davantage à un idéaliste lettré et fougueux. Mais son absence d’idées et son élection sur ses seuls coups d’éclat en font tout de même un démagogue.