JO d'hiver 2022 : la relation de Pékin avec le climat en quatre chiffres

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JO d'hiver 2022 : la relation de Pékin avec le climat en quatre chiffres

Les Jeux Olympiques d’hiver 2022 débutent ce 4 février à Pékin. Et réalisent une première : 100 % de la neige est artificielle.

L’Empire du milieu accueille jusqu’au 20 février les 24e JO d’hiver. Loin des 40 milliards de dollars des JO d’été de Pékin en 2008, le pays avait prévu de ne débourser cette année que 3,6 milliards de dollars pour la construction des infrastructures et l’organisation, selon une annonce de l’organisation. Mais la facture devrait finalement dépasser les 8 milliards de dollars.

Parmi ces dépenses, des sommes colossales sont mobilisées pour recréer, dans une région aride, les conditions climatiques nécessaires à la pratique de sports d’hiver.

Pour l’Éco a retenu quatre aberrations économiques et climatiques.

100 % de neige artificielle

Les épreuves de ski des JO d’hiver 2022 ont lieu à Zhangjiakou, ville co-organisatrice des Jeux, dans la province du Hebei. Mais dans une région, qualifiée en 2019 de " très aride » par l’ONG China Water Risk, la neige est absente.

Depuis quatre décennies, il n’y a en moyenne que 7,9 millimètres d’eau durant la saison hivernale. À titre de comparaison, le Mont Blanc reçoit chaque année 951mm.

Actuellement, la température de Zhangjiakou oscille entre -15°C et 0°C… mais sans neige. Alors, les organisateurs ont décidé d’en produire et les athlètes concourront cette année sur une neige 100 % artificielle.

Un record, certes, mais par le passé, les autres villes hôtes avaient elles aussi très largement eu recours à ce procédé : Sotchi (Russie, 2014) avait utilisé 80 % de neige artificielle et Pyeongchang (2018, Corée du Sud) 90 %. Ces chiffres interrogent sur le choix de l’emplacement de l’événement sportif.

Selon le rapport du Sport Ecology Group et Protect Our Winter, la neige artificielle nécessite des produits chimiques pour favoriser la cristallisation de l’air froid et ralentir la fonte de la neige . Néanmoins, Pékin assure que l’eau ne contiendra pas de produits chimiques, et qu’elle pénetrera naturellement dans les sols lors de la fonte.

Les enjeux sont aussi techniques. Des sportifs ont pris la parole et alerté l’organisation sur des risques lors de la compétition. « La neige artificielle est plus glacée, donc plus rapide et plus dangereuse » a déclaré Johanna Taliharm, une biathlète estonienne. « Cela fait aussi plus mal si vous tombez en dehors du parcours car il n’y a pas de banc de neige pelucheux, mais un sol dur rocheux et boueux. »

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Photo postée sur Instagram par le skieur Kjetil Jansrud lors de son arrivée à Pékin, montrant les pistes olympiques de ski alpin. Il a ironisé : « Visiblement l’endroit et les conditions sont fantastiques ! »

800 piscines olympiques pour les pistes sans neige de Pékin

354 canons à neige ont été installés sur les pistes depuis novembre 2021, selon le média pro-régime chinois Global Times, et ils travailleront sans relâche jusqu’au 20 février, date de fin des épreuves, pour préparer les pistes.

Carmen de Jong, une géologue citée par nos confrères de Ouest-France, explique : « L’eau doit aussi être pompée en amont, et c’est très gourmand en énergie. Dans ce climat aride, il faut deux à trois fois plus d’eau que dans les Alpes pour produire le même volume de neige. »

« Deux millions de mètres cubes d’eau seraient nécessaires pour enneiger tous les sites » selon le rapport de l’ONG, soit l’équivalent de 800 piscines olympiques. En estimant les besoins nécessaires pour les JO en 2019, l’organisation officielle chinoise avait tablé sur beaucoup moins : seulement 185 000 mètres cubes d’eau.

Ces besoins dépassent largement l'offre naturelle. En temps normal, la région manque d’eau. La capitale chinoise, située à moins de 200 km du lieu des Jeux, ne peut compter que sur 300m3 (300 000 litres) d’eau par an et par habitant selon l’AFP, ce qui représente le tiers de l’approvisionnement recommandé par l’ONU. À titre de comparaison, en 2017, chaque français consommait (indirectement) 1 875m3 par an.

Des chiffres d’autant plus inquiétants que ces JO ne sont qu’une étape dans la stratégie plus globale des dirigeants chinois : ils comptent sur 300 millions de skieurs chinois. Cet argument avait d’ailleurs motivé leur candidature à l’accueil des JO d’hiver, en 2015.

Un air six fois trop pollué 

L’intention est pourtant bien là ! Les JO de Pékin 2022 seront les « Jeux olympiques les plus verts et les plus propres jamais organisés », se vantait le People’s Daily Online, organe officiel du Comité central du Parti communiste chinois, dans un article publié le 28 janvier dernier.

Mais un autre chiffre fait mal : la Chine abrite 42 des 100 villes les plus polluées du monde, d’après les statistiques 2020 de l’organisme de surveillance de la qualité de l’air IQAir. La capitale chinoise est aussi la quatrième ville la plus polluée au monde en 2021 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Depuis 2015, Pékin a décrété une « guerre à la pollution ». Ces derniers mois, 25 millions de foyers du nord de la Chine, là où il fait le plus froid, ont vu leurs poêles à charbon remplacés par des brûleurs à gaz ou électriques, moins polluants.

Des dizaines de centrales à charbon ont fermé, et le pays passe progressivement du charbon au gaz naturel. Des mesures qui ont permis la réduction des particules fines dans l'air, en particulier les PM2,5. Ces dernières sont les plus nocives, car elles pénètrent en profondeur les poumons. En 2021, la concentration de ces particules était de 33 microgrammes par m3 selon le service environnement de Pékin. Trois fois moins qu’en 2013, mais toujours six fois plus que le niveau recommandé par l’OMS.

21 millions de kilowatts propres 

Un argument reste en faveur de Pékin : l’alimentation électrique des Jeux est d’origine uniquement renouvelable. La région de Zhangjiakou a vu sortir de terre des éoliennes permettant de produire 14 millions de kilowatts. Une production comparable à celle de l’État de Singapour.

Les montagnes aux alentours ont également vu apparaître des panneaux solaires, permettant d'ajouter 7 millions de kilowatts. Soit une production totale de 21 millions de kilowatts, À titre de comparaison, un Français consomme en moyenne 6 kilowatts par jour. Ces différentes installations seront reliées à un centre de distribution qui alimentera chaque site olympique.

Est-ce suffisant pour atteindre la neutralité carbone promise par Pékin au Comité International Olympique ? Le CIO affichait dès 2020 sa volonté de parvenir au bilan carbone négatif des Jeux à compter de 2030. Il semblerait que cette année encore, il ait fermé les yeux sur les manquements environnementaux de la ville-hôte.