La mode de demain peut-elle être écoresponsable de bout en bout ?
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Consommation

La mode de demain peut-elle être écoresponsable de bout en bout ?

Jessica Bertherau
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Pour que nos futurs vêtements et accessoires respectent l’environnement et les hommes, des technologies sont développées à la fois pour inventer des fibres et un design inédits et pour anticiper leur fin de vie. L’avenir passera également par de nouveaux modèles économiques.

Si l’on recyclait tout le textile existant sur la planète, on pourrait fabriquer assez de vêtements pour… au moins 25 ans1 !

Ce scénario donne toute la mesure de la surproduction dans le secteur de la mode, alimentée par la fast fashion (production effrénée de vêtements peu qualitatifs et bon marché), la surconsommation et la culture du « tout jetable ».

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Cette surproduction a des conséquences désastreuses pour l’environnement (émissions de CO2, déchets non recyclés, pollution microplastique…) et pour les droits humains, comme le montre le récent scandale du travail forcé des Ouïghours en Chine.

En Chiffres

811 %

Soit l'augmentation des déchets textiles entre 1960 et 2015. 70% des vêtements produits finissent incinérés ou enfouis.

Source: The State of Sustainable Fashion, RETVIEWS Report

Objectif transparence totale pour révolutionner la mode

« La transparence marque le début du renouveau qui va révolutionner la mode », affirme le dernier livre blanc du mouvement Fashion Revolution.

« Nous incitons le public à interpeller les marques pour exiger plus de transparence. Notre hashtag historique est #whomademyclothes (qui a fabriqué mes vêtements ?) et cette année, nous avons lancé #whatsinmyclothes (il y a quoi dans mes vêtements ?) », explique Catherine Dauriac, coordinatrice France de Fashion Revolution, le mouvement lancé en 2013 suite à l’effondrement de l’usine textile Rana Plaza, au Bangladesh.

Depuis quatre ans, Fashion Revolution publie un index de la transparence de la mode, qui affiche de timides progrès. En 2020, 40 % des principales marques de mode dans le monde dévoilaient leurs fournisseurs de premier niveau.

Plusieurs applications ont été lancées ces dernières années dans l’optique de rendre la mode plus transparente, comme ViJi et Clear Fashion.

« Quand vous achetez des tomates, c’est la norme de savoir d’où elles viennent. Cela devrait pareil pour nos vêtements, mais ce n’est pas le cas. Nous avons créé Clear Fashion pour lutter contre cette opacité », explique la responsable de communication, Laura Gay.

Cette application mobile, qui s’affirme 100 % indépendante, note chaque marque selon plusieurs critères (environnement, conditions de travail, bien-être animal…) à partir des informations récoltées auprès d’elle et issues de sa propre enquête. La composition du vêtement entre également en ligne de compte quand on scanne une étiquette.

On compte plusieurs étapes clés dans la production d’un vêtement, depuis la matière première jusqu’à la confection, en passant par le filage, le tissage et l’ennoblissement (teinture, apprêt…). « Pour chacune de ces étapes, les marques sous-traitent à différents fournisseurs partout dans le monde, ce qui complique beaucoup la traçabilité des vêtements », rappelle Laura Gay.

Parmi les pistes d’avenir, l’usage de technologies telles que la blockchain ou le marquage ADN améliorerait la traçabilité. On pourrait imaginer que pour chaque vêtement, un simple scan suffise pour savoir d’où vient la fibre, où elle a été filée et tissée, où le vêtement a été conçu, où il a été confectionné et, pourquoi pas, où il terminera sa vie (collecte, recyclage).

Une autre piste serait la relocalisation des moyens de production en Europe, ce qui serait logique pour des filières comme le lin, dont la France est le premier producteur mondial.