Un Doliprane, combien ça coûte ?

Consommation

Un Doliprane, combien ça coûte ?

Médicament made in France le plus vendu dans l’Hexagone, le Doliprane a bien failli manquer, en pleine pandémie, à cause de sa chaîne de production mondialisée.

Si cette distinction existait, le Doliprane pourrait être déclaré « médicament préféré des Français ». C’est en effet le plus vendu en France avec 270 millions de boîtes écoulées en 2020.

Il est préconisé en cas de fièvre ou de douleur et remboursé à 65 % par l’Assurance maladie et la boîte de huit comprimés coûte 2,18 euros.

Produit par le groupe pharmaceutique français Sanofi, le Doliprane est beaucoup plus populaire que ses équivalents conçus par d’autres laboratoires comme Upsa.

Son Dafalgan, numéro deux sur le podium, comptabilise 71,4 millions de boîtes vendues en 2020, selon la base de données Open Medic de l’Assurance maladie.

Le prix du service rendu

Tout comme le prix des autres médicaments remboursés par la Sécurité sociale, celui du Doliprane ne dépend pas de ses coûts de fabrication.

Il est défini par le Comité économique des produits de santé (CEPS), principalement en fonction de l’avis de la Haute Autorité de santé sur le « service médical rendu » par le médicament. Dans le cas du Doliprane, le prix fabricant fixé par le CEPS est de 0,76 euro. À cela s’ajoutent les marges des grossistes et des pharmaciens.

Le même prix est appliqué au Dafalgan, à l’Efferalgan et aux autres médicaments à base de paracétamol, qui est leur principe actif, c’est-à-dire la substance chimique qui déclenche un effet thérapeutique ou préventif.

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Source graph : CEPS et INC.

Principe actif 100 % importé

Si le Doliprane est produit en Europe, son principe actif est fabriqué bien plus loin. Les quatre usines françaises, allemande et hongroise importent le paracétamol d’Amérique du Nord et d’Asie, les principales zones de production, selon Sanofi.

La direction générale des entreprises estime que près de 40 % du paracétamol européen vient de Chine, 33 % d’Inde et 30 % des États-Unis.

Au début de la pandémie, la demande a augmenté pour traiter les patients atteints du virus, mais les usines chinoises étaient à l’arrêt pour cause de confinement. Une possible pénurie commence à inquiéter le monde médical.

Le 12 février, l’Académie nationale de pharmacie française s’alarme de la « grave menace sur la santé publique en France et en Europe » que fait peser la pandémie, « dans la mesure où 80 % des principes actifs pharmaceutiques utilisés en Europe sont fabriqués hors de l’espace économique européen, dont une grande partie en Asie ».

En Chiffres

180 000 tonnes

La quantité de paracétamol produite dans le monde par an, dont 50 % en Chine.

Déjà partisan de la relocalisation, le gouvernement entame, en juin dernier, une réflexion avec les laboratoires « Seqens, Upsa et Sanofi pour que, d’ici à trois ans, la France soit en mesure de reproduire, conditionner et distribuer du paracétamol ». Le ministère chargé de l’Industrie assure aujourd’hui finaliser les « travaux ayant pour objectif sa relocalisation afin de limiter les ruptures d’approvisionnement ».

Pour Sanofi, « il ne s’agit pas de considérer que tout ce qui est parti en Chine et en Inde doit être rapatrié en Europe, mais de définir où de créer des usines produisant des principes actifs sur le territoire européen », explique une porte-parole du groupe.

D’après les calculs de Bercy, rapatrier la production d’un médicament fabriqué en Inde augmenterait de 20 % son prix, mais concevoir en France le principe actif du paracétamol n’induirait qu’un surcoût de 1 %.