Action cœur de ville, un plan de l'État efficace contre la désertification des centre-villes ?

En pratique

Action cœur de ville, un plan de l'État efficace contre la désertification des centre-villes ?

Face à la désertion et à la paupérisation du centre des villes petites et moyennes, l’État a lancé le programme Action cœur de ville. L’approche a fait ses preuves, mais elle touche ses limites.

La déshérence des centres-villes est liée à de multiples facteurs et elle est loin de ne concerner que la France. « Il existe une grande diversité de situations rien qu’en Europe, mais le déplacement en périphérie des habitants et des activités commerciales, de même que l’étalement urbain, cela concerne de nombreux pays », explique Nathalie Lemarchand, professeure à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.

Pour la France, la géographe date ce mouvement vers la périphérie des villes au tournant des années 1950-1960. Les familles ont investi de nouveaux lotissements, des grandes surfaces multispécialisées les ont suivies, ainsi que certains services publics, comme les hôpitaux. « La périphérie est ainsi devenue plus moderne que le cœur de ville », ajoute l’universitaire. 

Ce déséquilibre territorial touche aussi bien les petites communes rurales que les villes moyennes plus urbaines et occasionne un vrai coût social et économique : dégradation de l’habitat dans l’hypercentre et paupérisation des populations, vacance commerciale, disparition des services publics en centre-ville, etc.

Éco-mots

Centre-ville

Selon le ministère de la Cohésion territoriale, un centre-ville se définit par un « faisceau d’indices » comprenant l’histoire des lieux, leurs fonctions, la forme et l’âge du bâti, la densité de population et de commerce etc.

Deux plans étatiques

C’est pour tenter de lutter contre cette situation que l’État a lancé, en 2017, le plan Action cœur de ville, mobilisant cinq milliards d’euros sur cinq ans pour 222 villes moyennes. À cela s’est ajouté fin 2020 un plan Petites Villes de demain (trois milliards d’euros sur six ans pour un millier de projets).

Le but affiché : redynamiser des territoires désertés grâce à la mobilisation de divers organismes – Action logement, la Banque des territoires, l’Agence nationale de l’habitat, plusieurs ministères et les régions.

« Fédérer autant d’acteurs différents autour d’objectifs communs est un tour de force. Pour une ville moyenne comme la nôtre, avoir ces partenaires à nos côtés était une nécessité. Action cœur de ville nous a permis de décrocher des financements et des crédits intéressants et surtout fléchés [réservés à un usage précis, NDLR] », détaille Alain Marty, maire Divers droite de Sarrebourg, en Moselle.

Cette cité de 12 500 habitants a obtenu une dotation de près de 16 millions d’euros sur cinq ans. Premier domaine à en profiter  : l’habitat. En 2020, plus d’une vingtaine de logements vétustes ont été rénovés et remis sur le marché. La ville, qui compte déjà le nombre de logements sociaux exigés par la loi, espère atteindre plus de mixité sociale dans son centre en attirant des salariés issus de la classe moyenne.

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Source : sondage IFOP pour l'Agence nationale de la cohésion des territoires, septembre 2020

Réconcilier centre et périphérie

L’essor du télétravail nourrit ces ambitions chez de nombreux élus du programme, puisque selon le Baromètre des territoires de Villes de France, 23 % des actifs (36 % chez les moins de 35 ans) de grandes agglomérations souhaiteraient déménager. Difficile toutefois d’évaluer l’attractivité des villes moyennes dans ce contexte.

Éco-mots

Ville moyenne 

L’Insee utilise la définition suivante : « Un pôle de moyenne ou grande aire urbaine, comprenant donc plus de 5 000 emplois, dont la population est inférieure à 150 000 habitants et qui n’est pas préfecture d’une ancienne région ».

En revanche, à Sarrebourg comme ailleurs, c’est la hausse potentielle des vacances commerciales qui inquiète. « Cette crise est l’occasion de dépasser l’opposition commerces de centre-ville/grande distribution de périphérie. Tous sont touchés par la concurrence des Gafam, qui ne paient pas les mêmes taxes et dont les plates-formes de vente en ligne ont une longueur d’avance », affirme Nathalie Lemarchand.

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En septembre 2020, Sarrebourg s’est associée à des cités voisines pour créer la plate-forme Jachetesudmoselle.fr, où les consommateurs sont incités, à l’aide de bons d’achat, à commander dans les commerces de ce large territoire, incluant les centres-villes, mais aussi les grandes surfaces.

La livraison est assurée par une société travaillant notamment avec Amazon. Une initiative qui essaime en France et démontre que la crise a été un accélérateur de la numérisation des commerces physiques.

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"Les collectivités locales et leur population", Insee, données au 1er janvier 2020

Mais il est encore possible d’aller plus loin, selon la géographe, spécialiste de l’aménagement commercial : « Oublions cette image d’Épinal d’un cœur historique. Les commerces de bouche et les coiffeurs ne vont pas se multiplier, les franchises se sont déjà largement implantées dans les centres-villes. Les rythmes et modes de consommation ont évolué. Il serait plus indiqué de proposer des périodes de location courtes aux commerçants pour qu’ils testent leur concept en limitant les risques. »

Ces changements, à l’aune de la crise actuelle, représentent des investissements conséquents pour les petites et moyennes villes dont les capacités d’autofinancement risquent d’être affaiblies dans les années à venir.

« Manager de centre-ville », le job qui monte

Dans beaucoup de petites et moyennes communes, les élus sont rarement formés aux questions d’urbanisme et d’aménagement du territoire. L’association Centre-ville en mouvement, constituée d’élus et de parlementaires, a donc œuvré à la création d’un nouveau métier, celui de manager de centre-ville.

« Son rôle est de monter des projets et d’animer des réunions avec les divers acteurs concernés par le centre-ville. La majorité des communes inscrites dans les programmes Action cœur de ville et Les Petites Villes de demain en ont recruté ou vont le faire », détaille Pierre Creuzet, directeur et fondateur de Centre-ville en mouvement. Le manager de centre-ville assure donc la bonne dynamique de la gestion collective des centres-villes alliant le commerce à l’habitat, en passant par les transports, le tourisme, l’immobilier, ou la culture. Le but : augmenter l’attractivité de la commune.

Cette professionnalisation de l’animation des cœurs de ville se traduit également par la création d’un diplôme universitaire à l’IAE de Caen. Ouverte depuis janvier 2020, cette formation d’un an s’adresse à des étudiants de troisième année ou à des personnes en reconversion, avec un programme mêlant urbanisme, commerce et communication..