Agir pour le climat, ça peut rapporter gros ! 

Émilie Lévêque
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La transition vers une économie bas carbone et résiliente pourrait générer 26 000 milliards de dollars de gains économiques et créer 65 millions d’emplois d’ici à 2030.

Agir pour le climat n’est pas qu’un choix de civilisation. C’est aussi un nouveau modèle de croissance économique qui recèle de formidables opportunités d’investissement et de création de richesses. Tel est le message de la Commission mondiale sur l’économie dans l'édition 2018 de son rapport « Développer un nouveau modèle de croissance inclusive pour le XXIe siècle : accélérer l’action climatique d’urgence ».

Le carbone à la une

Plus de 200 experts ont participé à ces travaux. Leurs conclusions sont claires : une action ambitieuse en faveur du climat pourrait engendrer 26 000 milliards de dollars de gains économiques cumulés d’ici à 2030. De plus, 65 millions d’emplois pourraient être créés à cette échéance dans l’économie bas carbone, soit l’équivalent de l’ensemble des mains-d’œuvre actuelles réunies du Royaume-Uni et de l’Égypte.

Et, grâce à une réforme des subventions et de la tarification du carbone, les recettes publiques pourraient augmenter de 2 800 milliards de dollars par an en 2030, soit l’équivalent du Produit intérieur brut actuel de l’Inde.

26 000

C'est en milliards de dollars ce que pourrait rapporter, d'ici 2030, une politique économique ambitieuse en faveur de l'environnement. 

Les auteurs du rapport listent plusieurs recommandations. Ils préconisent, par exemple, d’accélérer la mise en place d’un prix du carbone d’au moins 40 à 80 dollars la tonne d’ici 2020 et de supprimer les subventions aux énergies fossiles.

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Carte mondiale des prix explicites du carbone en 2018 (en $) / Le continent africain, véritable « zone blanche » en matière de taxe carbone

Éco-mots

Prix du carbone

C’est un outil économique destiné à internaliser dans les prix de marché les coûts cachés (« externalités ») des dommages causés par les émissions de gaz à effet de serre.

Parallèlement, il faut accélérer les investissements dans les infrastructures durables (réseaux d’énergie, d’eau, de transports…), d’au moins 100 milliards d’euros d’ici 2020.

Dans cette optique, les banques multilatérales et de développement (comme la Banque des règlements internationauxdevraient doubler leurs investissements à 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020.

Quant aux entreprises privées, elles devraient aligner leurs stratégies sur l’impératif climatique et être encore plus encouragées à innover en faveur du climat, à l’image du soutien public qui a permis l’essor des énergies renouvelables ces dernières années.

L’eau potable pour tous

L’eau est au cœur du développement économique et social. Aujourd’hui, 4,5 milliards de personnes dans le monde ne disposent pas de services d’assainissement gérés en toute sécurité et 2,1 milliards n’ont pas accès à des services d’approvisionnement en eau potable gérés en toute sécurité.

De bonnes politiques d’allocations de l’eau pourraient faire augmenter le PIB, dans ces régions, de 6 % d’ici à 2050, et ce malgré le changement climatique et la croissance démographique, selon la Banque mondiale.

Viser l’égalité hommes-femmes

Enfin, il faudrait partager équitablement les gains, notamment entre les hommes et les femmes, qui ont un rôle crucial dans la croissance de l’économie. En effet, si les femmes étaient traitées à égalité avec les hommes dans le monde du travail, elles pourraient rapporter jusqu’à 28 000 milliards de dollars à l’économie d’ici à 2025, soit le quart du produit intérieur brut mondial, selon une étude de McKinsey Global Institute.

Aujourd’hui, dans le monde, les femmes représentent la moitié de la population en âge de travailler, mais elles ne produisent que 37 % du PIB mondial.

Pour les auteurs du rapport, les 10-15 prochaines années seront décisives : ils estiment à 90 000 milliards d’euros les investissements prévus dans les infrastructures à l’échelle mondiale d’ici 2030, soit davantage que la valeur du stock actuel d’infrastructures.

« Veiller à ce que ces infrastructures soient durables sera un déterminant essentiel de la croissance et de la prospérité futures. C’est maintenant qu’il faut agir », conclut le rapport.