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L’économie marche mieux avec les femmes

Irène Frat

Toutes les enquêtes le prouvent. Plus il y a de femmes aux manettes, plus la performance des organisations s'améliore. Pourtant, les femmes peinent encore à faire jeu égal avec les hommes à bien des niveaux. En Suisse, elles sont en grève ce 14 juin.

Roxanne Varza, la directrice de Station F, l’immense incubateur de start-up parisien, le proclame haut et fort : « La diversité est porteuse d’innovation. » Diversité des origines, mais aussi de genre. Les nombreuses études sur ce sujet en font la démonstration. Mieux, elles montrent que si des femmes sont à des postes clés dans une organisation, la stratégie, le management et même l’ambiance générale, s’améliorent.

Conséquence, ces organisations fonctionnent mieux et font plus de bénéfices. Elles sont plus performantes. Selon une étude publiée en février 2016 par le cabinet de conseil international EY, quand la proportion de femmes dans l’entreprise passe de zéro à 30 %, la rentabilité de l’entreprise progresse de 15 %.

L’argument semble convaincant. Et pourtant… Habitués à l’entre-soi, les hommes ont encore du mal à lâcher prise. En France, il a fallu la loi Copé-Zimmermann, promulguée en 2011, pour imposer un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises, avec une étape intermédiaire, à 20 %, en 2014, puis à 40 % au 1er janvier 2017.

Or, au 15 juin 2017, selon l’Association des femmes experts-comptables, le taux d’administratrices n’était encore que de 34,8 % pour les grandes entreprises cotées en Bourse, de 30,6 % pour les sociétés moyennes, et de 28,3 % pour les plus petites…

Résistances

Pis, les comités exécutifs, là où se concentre le vrai pouvoir, « font encore de la résistance », selon l’Observatoire de la féminisation des entreprises de la SKEMA Business School, qui note, dans son édition 2018, que ces instances n’accueillent aujourd’hui que 13,4 % de femmes (contre 8 % en 2012). Cependant, par rapport à l’Allemagne, l’Observatoire fait ressortir un point positif : « Les femmes représentent 30 % des cadres dans les 53 plus grandes sociétés hexagonales, contre 21 % au sein des 53 premiers groupes allemands. Pourtant, des deux côtés de la frontière, leur proportion est à peu près la même dans l’effectif total (36 % du personnel en France, 35 % en Allemagne) ».

Parmi les mauvais élèves qui ne respectent pas le quota de 40 % d’administratrices ou qui ont peu ou pas de femmes dans leurs équipes dirigeantes, l’Observatoire cite Pernod Ricard, ArcelorMittal, Bouygues et Safran. Mais Michel Ferrary, auteur de l’enquête et professeur en management des ressources humaines à l’université de Genève, veut voir la lumière au bout du tunnel : « Les femmes qui sont présentes dans les conseils d’administration en France incitent les dirigeants à promouvoir d’autres femmes. »

+15% de rentabilité

C’est la progression observée quand la proportion de femmes passe de 0 à 30 % dans l’entreprise, selon une étude du cabinet EY.

Dans l’administration française, la situation est tout aussi contrastée. Bien sûr la proportion de femmes ne cesse de croître et elles y sont majoritaires, représentant 62 % des agents publics au 31 décembre 2014, selon les dernières données disponibles, mais c’est principalement parce qu’elles sont très nombreuses (77,5 %) – et à des niveaux hiérarchiques peu élevés – dans des domaines comme la fonction hospitalière.

Surreprésentées dans certaines professions, les femmes sont quasiment absentes dans d’autres. D’ailleurs, selon les derniers chiffres du Conseil économique, social et environnemental, seuls 17 % des métiers sont actuellement composés à part égale d’hommes et de femmes.

17 %

C'est le pourcentage des métiers qui sont composés à part égale d’hommes et de femmes.

Persuasion

Que faut-il faire alors, puisque les bonnes intentions et les lois ne semblent pas suffire ? Certains, dont le président Macron, misent sur le « name and shame » (nommer pour faire honte), une pratique anglo-saxonne visant à publier le nom des entreprises récalcitrantes. Mais cette solution a ses détracteurs.

D’autres préfèrent parier sur l’exemplarité. En mettant en avant les bonnes pratiques, celles-ci pourraient faire des émules. Mais le salut pourrait tout simplement venir du marché de l’emploi. Dans certains secteurs, les employeurs, face à des difficultés considérables de recrutement, se tournent désormais vers les femmes… C’est vrai notamment dans le BTP (actuellement 12 % de femmes dans les effectifs), et dans l’informatique, dont les besoins ne semblent cesser de croître.

Le numérique est un chantier majeur pour la féminisation. Alors que les femmes y sont encore très minoritaires, un Plan mixité dans les métiers du numérique a été signé en janvier 2017 entre le secrétariat d’État chargé du numérique, le ministère de l’Éducation nationale et le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, avec pour objectif de dynamiser la féminisation du secteur.

Les efforts doivent en effet porter aussi bien sur les dispositifs à l’intérieur des entreprises et l’état d’esprit des hommes au pouvoir que sur l’orientation des filles pendant leur scolarité. Une plus grande offre de compétences féminines balayerait l’argument – ou le prétexte – selon lequel on ne trouve pas de candidates pour les postes à pourvoir d’ingénieure, d’administratrice ou de Pdgère…

Les vrais écarts de salaire

On chiffre souvent l’écart de salaire entre les femmes et les hommes à 9 % mais les choses sont moins simples. Les situations de travail des femmes et des hommes ne sont pas toujours comparables. À titre d’exemple, seuls 13 % des métiers sont réellement mixtes, c’est-à-dire comptant entre 40 et 60 % de femmes.

L’écart de salaire femmes-hommes est de 24 % lorsque l’on considère l’ensemble des situations de travail des femmes et des hommes, tous métiers et tous temps de travail confondus. La différence de revenus devient encore plus criante lorsque l’on s’intéresse aux écarts de pensions de retraite : celle des femmes est en moyenne inférieure de 40 % à celle des hommes, ce qui reflète les différences de parcours professionnels tout au long de la vie.

Éco-mots

Comité exécutif

Composé des principaux responsables de l’entreprise, le Comex est une instance de réflexion et de décision qui se réunit très régulièrement autour du dirigeant de l’entreprise.

Administrateur (trice)

Les administrateurs sont élus par l’assemblée générale des actionnaires et forment, au sein de l’entreprise, le conseil d’administration chargé de mettre en place les orientations à long terme de la société.