Biden : son plan pour la transition écologique est-il réalisable ?

En pratique

Biden : son plan pour la transition écologique est-il réalisable ?

L’action pour le climat est au centre de la politique du nouveau président américain Joe Biden. Dans le plan d’investissement pour les infrastructures, il prévoit 2 400 milliards de dollars sur quatre ans pour décarboner l’économie américaine tout en générant des emplois. Ce projet ambitieux est-il réalisable ?

Réhabiliter les infrastructures vieillissantes du pays et miser dans le même temps sur les énergies renouvelables… le plan Biden pour "les infrastructures" annoncé le 31 mars est ambitieux. Mais est-il réalisable financièrement et politiquement ? Réponse avec l’économiste Christian de Perthuis.

Pourquoi Christian de Perthuis ?

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Professeur à l’université Paris Dauphine-PSL et fondateur de la chaire Économie du climat. Il est l’auteur des ouvrages Le Tic-tac de l’horloge climatique (De Boeck, 2019) et Covid 19 et réchauffement climatique (De Boeck, 2020).

Pour L’Éco. Pourquoi l’élection de Joe Biden est-elle aussi importante pour le climat ?

Christian de Perthuis. Après la Chine, les États-Unis sont le pays le plus polluant de la planète, avec 5 285 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) en 2019. L'enjeu écologique est donc de taille. Et l’élection de Biden, issu du parti démocrate, met fin à la politique anti-écologique de son prédécesseur et ouvre la voie d’accords multilatéraux sur le climat.

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On l’a vu en mars 2021, lorsque John Kerry, l’envoyé spécial américain pour le climat, s’est rendu en Europe. Il y a annoncé que les États-Unis allaient rejoindre l’accord de Paris, après l’avoir quitté sous la présidence de Donald Trump. John Kerry s’est également entretenu avec des représentants politiques, dont Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, pour discuter du futur « mécanisme d’ajustement aux frontières », qui vise à pénaliser les pays n’ayant pas de dispositifs réglementaires décourageant les émissions de carbone.

Une production d’électricité entièrement décarbonée pour 2035, une économie « zéro émission » en 2050… Ces objectifs vous semblent-ils réalistes ?

C’est vrai que c’est un projet ambitieux mais l’économie américaine a comme caractéristique d’être plus flexible que les économies européennes. La part d’entreprenariat y est plus importante et le système financier davantage dynamique. Elle rebondit beaucoup plus vite lors des crises, et cela lui permet d’être plus réactive.

Aujourd’hui la décarbonisation de l’économie est irréversible. On est dans un moment de basculement vers une tendance de fond qui est celle de la production de nouvelles sources d’énergies.

Comment diriger le capitalisme vers une vraie politique sociale écologique ?

Plus vous augmentez le prix du carbone, plus vous rendez rentables les projets de réduction de carbone. Là où il y a une taxe carbone, il y a beaucoup moins d’émissions qu’ailleurs.

Fixer un prix élevé du CO2, comme l’a prévu Joe Biden dans son programme représente la meilleure méthode pour inciter les banques et les entreprises à s’orienter vers une transition écologique.

Concrètement, il y a deux manières de le faire. La première est un système de « cap and trade », qui fixe un plafond sur le montant des émissions de certains gaz à effet de serre générées par les entreprises. Elles ont des quotas à respecter, sous peine de fortes pénalités.

La deuxième passe par une taxe sur le carbone. Cela dérentabilise les énergies fossiles, obligeant ainsi les industries à renoncer à des projets beaucoup plus rapidement.

Ce plan est critiqué par les Républicains pour ses destructions d’emplois dans les énergies fossiles. Est-il possible de décarboner l’économie américaine sans détruire d’emplois ?

Si vous voulez passer au renouvelable, il faut bien supprimer des emplois dans le secteur du pétrole et du gaz ! Ce ne sont pas les mêmes secteurs et donc ce ne sont pas les mêmes emplois dont on a besoin.

Comme pour les politiques d’investissement, la politique gagnante en termes d’emploi, c’est celle qui, d’un côté, va investir dans les nouvelles entreprises du renouvelable et qui va, d’un autre côté, désinvestir rapidement dans le secteur du charbon, du pétrole ou du gaz.

Ce seront ces nouvelles infrastructures qui vont créer graduellement une restructuration économique industrielle et par conséquent vont générer de nouveaux emplois. L’administration Biden essayera de faire la transition écologique au moindre coût économique et social.

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Quel va être alors le principal défi du gouvernement de Biden pour mettre en place ce « Green New Deal » ?

La vraie difficulté pour Biden n’est pas de l’ordre économique, mais elle est plutôt politique. Pour faire passer ce plan, il a besoin de maintenir l’unité dans son parti. Le plan de relance des infrastructures est passé au Sénat début mars mais avec des concessions. Pour que tous les sujets passent, le président a besoin d’une majorité de 60 votes au Sénat alors qu’il ne dispose que de 50 sièges.

Au-delà de ce facteur, la grande difficulté du gouvernement ne va pas être d’investir dans les énergies vertes mais plutôt de ne plus dépendre des énergies fossiles, qui pèsent toujours 62 % dans la production électrique américaine.