Camille Freisz a créé Valwin, une pharmacie en ligne 

En pratique

Camille Freisz a créé Valwin, une pharmacie en ligne 

Permettre au patient de dialoguer avec son pharmacien sur une messagerie protégée : un pari prometteur en pleine pandémie.

« Quand j’ai créé Valwin, en 2013, je voulais changer le monde. Je suis toujours idéaliste, mais j’ai appris la patience », confesse Camille Freisz, 36 ans, dirigeante de la start-up nantaise : « Les choses ne vont jamais aussi vite qu’on le souhaite. » Son idéal : grâce au numérique, redonner au pharmacien son rôle de référent santé auprès des patients.

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Camille Freisz, 36 ans, dirigeante de Valwin

Un peu de pédagogie pharmaceutique en ligne

Valwin propose aux pharmaciens une plateforme afin qu’ils créent leur site de vente de médicaments en ligne et interagissent avec le patient.

Via une messagerie sécurisée, ce dernier pose des questions à son pharmacien. Il trouve aussi sur le site des fiches-conseils sur le traitement des maladies, des explications sur les médicaments rédigées par des professionnels de santé ou encore des tutoriels vidéo expliquant comment utiliser des dispositifs médicaux.

« En pleine crise d’asthme, au moment de se servir de son aérosol, on peut avoir oublié les consignes. Les vidéos sont comme des piqûres de rappel », explique Camille Freisz.

Valwin propose aussi une application permettant aux patients de scanner leur ordonnance et de l’envoyer à leur pharmacien afin qu’il prépare la commande. Quand elle est prête, le patient en est informé par une notification et passe la récupérer au « click and collect » ou se fait livrer.

Ce service a été mis gratuitement à la disposition des pharmaciens, sursollicités au début de la crise sanitaire, et il a été pleinement utilisé.

Lors du premier confinement, en un mois et demi, le nombre d’ordonnances scannées a été multiplié par huit, le nombre de patients inscrits sur l’application et les sites des pharmacies clientes a été multiplié par 6,5, quant aux ventes en ligne elles ont été multipliées par 26.

« En 2020, nous avons rodé notre discours en expliquant en quoi les outils numériques, loin d’être une entrave, renforcent la relation entre patients et professionnels de la santé, il est devenu audible »
Camille Freisz,

Dirigeante de Valwin

C’était une année de prise de risque. Elle est passée de 26 à 35 salariés. En espérant que le chiffre d’affaires suivra…

Rectifier les semi-vérités du Web

Camille Freisz s’ést lancée en 2013, après un doctorat en pharmacie et une expérience de chef de projet digital chez Vidal, éditeur de l’encyclopédie rouge de médicaments, la bible des médecins. Au début, les pharmaciens sont méfiants. Ils n’ont pas le temps, pas d’argent à investir dans un site internet.

La docteure en pharmacie n’est pas surprise. Pendant ses études, les professeurs mettaient les futurs pharmaciens en garde : « Sur internet, il n’y a que des bêtises. » Pas entièrement faux – sur Wikipédia, neuf articles santé sur 10 seraient inexacts1.

Mais les patients, eux, vont sur la Toile. Ils arrivent à la pharmacie soi-disant « informés », en demandant parfois un traitement inadapté, comme Camille l’a constaté dans les nombreuses pharmacies où elle a travaillé. 

L’idée de Valwin est venue de là. En 2014, elle lève 320 000 euros. Après deux ans de R & D, elle commercialise sa plateforme, en 2016.

1. Etude menée par une équipe de chercheurs américains de l'université Campbell et publiée en 2014 dans The Journal of the American Osteopathic Association.

La plus grosse erreur de Camille Freisz

« Les chefs d’entreprise ont un dicton fétiche : “Quand il y a un doute, c’est qu’il n’y a pas de doute.” J’aurais dû suivre ce conseil. J’ai hésité et je m’en suis mordu les doigts, lors de recrutements, notamment. Un candidat faisait l’unanimité, mon instinct me disait de ne pas le prendre. Je me suis dit : après tout, je peux me tromper, je débute, c’est ma première boîte. Je l’ai embauché et ça s’est mal terminé. Quand on devient chef d’entreprise, on a tout d’un coup énormément de décisions à prendre. Au moment de trancher, on peut laisser parler l’instinct ou se braquer. On apprend en se trompant. »