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Combien coûte la France ? 

Benoist Simmat

Oui, donner un prix à notre pays est possible, du moins à travers son « patrimoine national ». C’est le travail annuel de toute une division de l’Insee.

Calculer combien vaut la France : quelle drôle d’idée ! C’est pourtant la très sérieuse mission de la division Synthèse générale des comptes de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), chargé de produire une évaluation très précise du « patrimoine économique national ». Ses têtes matheuses, des statisticiens, recensent les « actifs » et les « passifs » de notre bilan collectif sur lesquels les ménages, les entreprises ou l’État peuvent exercer un droit de propriété, et qui peuvent donc faire l’objet d’une transaction.

« Pour réaliser ce travail, nous nous basons sur toute une série de données publiques, par exemple les statistiques des impôts ou celles de la Banque de France », explique Lorraine Aeberhardt, responsable de la division. Cette polytechnicienne doit s’armer de patience pour aboutir à un chiffre : pour l’année 2017 (publiée début 2019), le patrimoine net de la France s’établit à quatorze mille milliards sept cent soixante-deux millions d’euros (14 762 000 000 000 euros), soit presque huit fois le PIB (Produit intérieur brut).

14 762

milliards d’euros

C’est le patrimoine net de la France, soit presque huit fois le PIB.

La pierre, valeur sûre

Rentrons dans le détail. Selon l’étude, menée depuis une trentaine d’années, une grande partie de cette « richesse » est constituée des logements qui abritent 67 millions de Français, soit 4 505 milliards d’euros en mètres carrés (au prix actuel du marché), dont presque 82 % sont la propriété des ménages (le solde appartient aux pouvoirs publics ou aux entreprises).

La pierre, valeur sûre, est même moteur de l’augmentation du patrimoine français : « En 2017, ce patrimoine immobilier augmente de 3,3 %, après + 2,9 % en 2016. Cette accélération reflète à la fois celle du prix des logements anciens et le dynamisme de la construction neuve », note l’Insee. Pour être exhaustif, il faudrait y ajouter les bureaux, usines, sites de stockages, ponts, bref, toutes les constructions servant à faire tourner l’économie, soit encore pour plus de 2 000 milliards.

Cette accélération reflète à la fois celle du prix des logements anciens et le dynamisme de la construction neuve.

Lorraine Aeberhardt (Insee)

Et surtout les « terrains » sur lesquels sont élevées ces constructions, et qui ne rentrent pas dans les mêmes lignes comptables. La comptabilité nationale distingue en effet les actifs « produits » (par l’homme) et « non produits ». Les constructions, machines et équipements, les logiciels, les stocks de matières premières (extraits) et même les œuvres artistiques appartiennent à la première catégorie. En revanche, les ressources « naturelles » – terrains, forêts, réserves de minerais ou d’eau ou, plus étonnant, fréquences radio, baux ou licences d’exploitation (sur ces mêmes ressources) – sont comptabilisées à part.

Les « richesses » de notre patrimoine (en milliards d’euros)
Les « richesses » de notre patrimoine (en milliards d’euros)

Riche France ?

Une fois cet inventaire réalisé, encore faut-il intégrer au calcul général tous les actifs « financiers » de notre économie (titres de créances, actions, crédits, dépôts, assurances-vie, etc.), équilibrés plus ou moins parfaitement par un « passif » (par nature financier, il y en a pour près de 30 000 milliards). Conclusion de cet exercice de haute voltige ? La valeur d’une économie résulte autant de l’accumulation des efforts du passé que des performances du présent. Voilà pourquoi notre pays reste « riche ».

Il le serait plus encore si on savait calculer tout ce que les statisticiens de l’Insee ne comptent pas : les voitures (considérées comme des biens de consommation), les réserves de nos musées (déclarés non-cessibles, donc hors marché), les inventions, l’art de vivre, l’attrait des paysages et des plages… Pour l’Éco fera le calcul un jour.

Combien de tonnes d’or ?

Symbole de la richesse depuis Crésus et l’invention de la monnaie, l’or est comptabilisé plusieurs fois dans le patrimoine. Il y a d’abord l’or familier de nos maisonnées, celui que l’on porte aux doigts (alliances), bijoux divers, voire les prothèses (dents en or). Pour l’Insee, ces actifs relèvent de la ligne « objets de valeur » (139 milliards d’euros au total), sans qu’il soit possible de le distinguer des autres pierres et métaux (sous forme façonnée ou non). Il faudrait aussi évaluer l’énorme masse d’or parvenue entre les mains de familles françaises au cours de l’histoire et dont les pouvoirs publics n’ont jamais entendu parler.

Il y a ensuite l’or « monétaire », sous forme de pièces officielles et de lingots, du coup beaucoup mieux identifié : 85 milliards d’euros, selon la Banque de France. Enfin, il y a l’or sous forme de réserves connues de minerais : 50 tonnes minimum en métropole, selon le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM), soit 1,5 à 2 milliards d’euros aux cours actuels. Et puis, il reste l’or non identifié, à l’image de cette immense réserve supposée en Guyane, et qui pourrait valoir entre 3 et 4 milliards d’euros.

Éco-mots

Actif d'une entreprise

L’actif d’une entreprise correspond au patrimoine mobilier et immobilier détenu par une entreprise commerciale.

Passif d'une entreprise

Le passif d’une entreprise correspond à l’ensemble des dettes de l’entreprise vis-à-vis de ses créanciers.

PIB

Le produit intérieur brut (PIB) est défini comme étant la somme des valeurs ajoutées réalisées à l'intérieur d'un pays par l'ensemble des acteurs (plus la TVA et les droits de douane), pour un an, indépendamment de la nationalité des entreprises qui s'y trouvent.