Si la mondialisation se grippe à cause du protectionnisme, d’un virus ou des tensions géopolitiques, il faudra s’organiser autrement, avec des chaînes de fabrication et de consommation moins étendues et plus robustes. Revue de quelques micro-solutions.

1. Je relocalise mon entreprise

En 2014, Frédéric Granotier, le patron de Lucibel, prend une grande décision : il rapatrie en Normandie son usine chinoise de fabrication d’éclairages LED.

[Les ouvriers français] fabriquent deux fois et demie plus de produits que les ouvriers chinois.

Frédéric Granotier

patron de Lucibel.

« On a eu beaucoup de problèmes, par exemple la directrice de l’usine qui part avec les fiches techniques de nos produits et se fait embaucher 500 mètres plus loin chez un concurrent, les employés qui copient nos brevets pour les revendre, le chantage des fournisseurs pour toucher des rétro-commissions. Et puis les économies en coût de la main-d’œuvre étaient annulées par les frais de transport. » 

Le travail étant plus cher en France, tous les emplois n’ont pas été relocalisés, seulement 60 sur 120, « mais ils fabriquent deux fois et demie plus de produits que les ouvriers chinois ». Car dans l’usine normande, il y a robots et machines. Pour rester compétitive, l’entreprise a également réorienté ses produits vers le haut de gamme. Peu de patrons imitent Frédéric Granotier. Selon le ministère de l’Économie et des Finances, entre 2014 et 2018, seulement 98 entreprises françaises ont relocalisé leur production.

2. Je réinvente mon expérience du voyage

« Depuis un an ou deux, dès qu’un internaute poste sur les réseaux sociaux ses photos de voyage à l’autre bout du monde, il reçoit une volée de bois vert sur son bilan carbone », constate Nicolas Breton, co-auteur du Guide Tao Monde 1000 idées pour voyager engagé. C’est le nouveau choix des globe-trotters : faut-il sacrifier sa soif de découverte de cultures étrangères pour sauver la planète ? Les blogueurs « dispensent de plus en plus astuces et conseils pour voyager près de chez soi. Quant aux agences de voyage, elles ont étoffé leur offre de circuits locaux », poursuit Nicolas. Ainsi, Bastina propose aux explorateurs en mal de dépaysement une virée au « Petit Mali » dans le quartier de Château Rouge, à Paris, ou une découverte de la culture tamoule entre la gare du Nord et la porte de la Chapelle.

Pour ceux qui veulent partir vraiment loin, il reste le Transsibérie, qui permet de traverser, en deux semaines, la Russie de part en part. « L’important ce n’est pas la destination, c’est le voyage » disait Robert Louis Stevenson, auteur de LÎle au trésor.

3. Je consomme des légumes en circuit court

La première Ruche qui dit oui s’est installée en 2011, à Fauga, près de Toulouse.

En Chiffres

160 000

clients de la Ruche qui dit oui, circuit alimentaire court, aux 5 000 producteurs français.

Le concept est né dans la tête du designer Guilhem Chéron. Avec Marc-David Choukroun, dirigeant d’une agence web et Mounir Mahjoubi, à l'époque serial entrepreneur et passé depuis au secrétariat du numérique, il crée une plateforme pour mettre en relation des clients soucieux de leur alimentation et des producteurs du coin. Les clients commandent en ligne choux-fleurs et asperges ayant poussé à quelques kilomètres de chez eux, puis viennent les chercher en boutique. C’est le retour du circuit court dans l’agriculture.

Adieu, les bananes antillaises acheminées par paquebot jusqu’au port de Dunkerque. Et ça marche ! La Ruche qui dit oui, c’est aujourd’hui 850 ruches, 5 000 producteurs et 160 000 clients en France.

4. J’étudie dans une université virtuelle

À la rentrée 2018-2019, 202 000 étudiants étrangers étaient inscrits dans les universités françaises, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. À l’avenir, pas sûr qu’ils se déplacent encore. En 2015, Bill Gates, dans sa lettre intitulée « Notre grand pari pour l’avenir », imaginait pour 2030 un monde où la « classe virtuelle » règnerait en maître. Un étudiant malien grâce à son Smartphone et à la visioconférence, pourra ainsi suivre un cours délivré à des milliers de kilomètres de chez lui, à Yale ou à la Sorbonne. Une généralisation massive et globale des MOOC (Massive Open Online Course, des cours virtuels en ligne). 

Avec le Covid-19, le rêve de Bill Gates pourrait s’imposer plus tôt que prévu. Les universités et écoles fermées tout le printemps 2020, ont obligé les professeurs à pratiquer de manière intensive l’enseignement à distance. Le pli a été pris et les plateformes de connexion mises en place.

5. Je mets ma ville "en transition"

La "transition" est un mouvement créé au Royaume-Uni par Rob Hopkins en 2006. Il s’agit de construire la résilience, c’est-à-dire la capacité à réagir face aux crises systémiques qui affectent le fonctionnement de l’économie mondialisée, qu’elles soient climatiques, financières ou sanitaires. Selon lui, la crise climatique et les coûts croissants d’accès aux énergies fossiles vont nous obliger à modifier en profondeur nos modes de vie. Il faut donc anticiper.

En Chiffres

120

villes en transition en France.

Parmi les projets, les potagers en villes, les Repair Cafés, la permaculture sur les balcons, les fermes en ville, les énergies renouvelables installées par des coopératives des citoyens, des ateliers pour cuisiner ensemble, des rues où l’on trouve ensemble les moyens de réduire la consommation d’énergie, des festivals de recyclage, etc. Le mouvement des Villes et territoires en transition (VTT) est actif dans 43 pays et plus de 1100 villes et villages, dont São Paulo, Londres, New York, Toronto, Amsterdam, Bristol, Bruxelles, Paris, Lyon et Dijon. En France, on compte 120 initiatives relevant de cette transition.

Crédit photo : Olivier Cochard pour La Ruche qui dit oui.