Coinbase entre en bourse : les questions qui se posent 

En pratique

Coinbase entre en bourse : les questions qui se posent 

Coinbase, plateforme d'échange de monnaies numériques, est devenue le 14 avril la première entreprise américaine de crypto-monnaies à entrer au Nasdaq, la bourse des valeurs technologiques. C’est un nouveau jalon pour le développement du secteur, mais, les zigzags de l’action Coinbase en bourse inquiètent les acteurs financiers. 

Vous ignorez certainement son nom et son modèle économique mais Coinbase vient d’entrer en bourse le mercredi 14 avril 2021, et c’est une révolution financière.

Créée par un ancien trader de Goldman Sachs, cette plateforme d'échange de crypto-monnaies a atteint une capitalisation boursière de presque 100 milliards de dollars.

C’est l’une des introductions en bourse (IPO) les plus marquantes de 2021. C’est la première plateforme crypto-monnaies à être cotée en bourse. 

Pour Claire Balva, directrice de Blockchain & Cryptos chez KPMG France : l’entrée en bourse de l’entreprise est très importante car elle permet de "légitimer le secteur et d’inciter les particuliers à investir en crypto monnaies, car ils vont voir que le bitcoin est devenu un marché régulé où on peut investir en toute sécurité”

Cette capitalisation extrêmement importante ouvre une nouvelle ère pour le marché des crypto-monnaies”, remarque aussi Alexandre Baradez, le chef analyste de marché chez IG, une entreprise de conseil en investissement. 

En l’espace de douze mois, le marché des crypto-devises n’a cessé de progresser. “Il est passé d’une capitalisation de 200 milliards de dollars à 2 200 milliards de dollars. Vous vous rendez-compte? Le marché a multiplié par dix” relève l’expert.

Coinbase profite de cet engouement.

Éco-mots

Cryptomonnaie

Actif numérique virtuel, mais pas une véritable monnaie, qui repose sur la technologie de la blockchain et un protocole informatique crypté. Il permet des transactions sans frais et de manière anonyme.

La clé de la réussite ? Le caractère intuitif de la plateforme. “Si vous n’avez jamais touché à la crypto-monnaie, Coinbase est super !” s’écrie Claire Belva. 

Créée en 2012 à San Francisco par Brian Armstrong, ancien trader de la célèbre banque américaine Goldman Sachs, Coinbase est une plateforme très ergonomique.

Les interfaces sont simples et le parcours utilisateur est plus fluide que sur la plupart des autres plateformes”, poursuit Claire Belva. Mais ces fonctionnalités ont un coût.

Coinbase est la plus chère des plateformes et ne propose qu’une cinquantaine de crypto-monnaies, dont Bitcoin ou Ethereum.” Binance, sa concurrente chinoise, nécessite à l’inverse une bonne connaissance en monnaies numériques pour l’utiliser mais elle coûte moins cher et propose une centaine de crypto-devises. 

Si Coinbase est parvenue à tirer son épingle du jeu et à entrer en bourse, l’entreprise doit maintenant faire ses preuves sur le long terme. Or cette première semaine a un peu échaudé les investisseurs.

Une semaine trébuchante

Pour sa première séance à Wall Street, l'action Coinbase a connu une forte volatilité avec 119 dollars d'écart entre son plus haut niveau à 429,54 dollars (soit une valorisation de 112 milliards de dollars) et son plus bas en séance de 310 dollars. 

Une fluctuation qui a mis en évidence l’imprévisibilité caractéristique du marché des monnaies numériques et sa dépendance aux supports techniques.

Ce weekend, le Bitcoin, la reine des crypto-monnaies, a affiché des pertes de 20 à 30 %  à cause d’une panne d’électricité dans des installations de minage dans la région du Xinjiang, en Chine. Le minage est le procédé par lequel les transactions Bitcoin sont sécurisées. 

De par l’engouement et l’accessibilité des crypto-monnaies, ces fluctuations peuvent causer de très sérieuses répercussions, comme en témoigne Alexandre Baradez.

La taille du marché des crypto-monnaies est maintenant telle qu’il génère un risque systémique car beaucoup de particuliers et de familles ont mis leur argent dans ces actifs. En cas de krach financier, si ce sont ces entreprises parallèles et non pas les banques centrales qui disposent de la plus grande quantité d’argent, ça peut transmettre le risque à l’économie réelle et faire plonger la consommation de certains ménages.

D’où le besoin de régulation. 

Vous ne pouvez pas avoir un système financier parallèle qui rivalise avec le système officiel qui est géré par les banques centrales et par les États
Alexandre Baradez

chef analyste de marché chez IG

Un système financier décentralisé représenterait un défi pour les devises nationales et pour la légitimité des États souverains à gérer leur économie.

En cas de choc systémique ou de crises économiques majeures, comme celle que nous avons vue récemment pendant le Covid-19, les banques centrales ne pourraient rien faire pour assainir l'économie car elles n’auraient pas la tutelle du système financier alternatif”, poursuit l’analyste.

C’est pourtant tout le principe de ces crypto-monnaies. Les transactions sont régies à travers la blockchain. Ce système ne stocke pas les informations des transactions et supprime les intermédiaires.

La régulation n’a pas encore pris une forme concrète car “plusieurs acteurs souhaitent laisser avancer l’innovation”, détaille l’expert. Mais des nouveautés sont attendues dans les semaines à venir. 

Une régulation stricte approche 

Des rumeurs circulent : le trésor américain et la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, vont tenter de réguler le marché des crypto-monnaies. 

Sur cette future régulation, les experts émettent des hypothèses. “Ça pourrait prendre la forme d’une limitation des montants, établir des plafonds des montants transférés d’une banque vers les entreprises de monnaies numériques”, estime Alexandre Baradez. 

La Chine envisagerait justement “la création d’un yuan numérique qui soit davantage décentralisé mais tout de même régulé. En s'appropriant l’innovation des crypto-monnaies, ce yuan numérique pourrait représenter un défi préoccupant pour les devises existantes”, conclut Alexandre Baradez.