Après la conquête de la Lune, de 1969 à 1972, coloniser Mars est le nouveau rêve spatial.  Mais le coût du projet le rendrait inenvisageable avant 2050

En 2012, un entrepreneur néerlandais lance le projet Mars One. Objectif : envoyer un homme sur la planète rouge en 2024. Témoignage de l’engouement pour ce voyage, 202 586 candidatures sont reçues. La start-up estime alors le coût de l’aventure à 6 milliards d’euros. Du bullshit, selon Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire au Centre national d’études spatiales (Cnes). La compagnie fait faillite en 2019.

L’expérience Apollo

Chiffrer sérieusement une telle aventure ? Avec autant de variables et d’inconnues, c’est un vrai défi : étapes préalables (survol, mise en orbite…), coûts des nouvelles technologies à développer (nucléaire spatial, etc.)… Malgré tout, en se référant à l’histoire, une estimation est possible. « Il faut comparer avec l’aventure lunaire, explique l’astrophysicien français Francis Rocard. En dollars actuels, le coût du programme Apollo est estimé à 150 milliards. » Problème, la mission lunaire était moins complexe : distance 145 fois moindre, atterrissage plus simple. « À minima, le coût sera entre trois et six fois plus élevé. » Résultat, il faudra sans doute entre 450 milliards et 1 trillion (1 000 milliards) de dollars pour financer un programme martien.

Le précédent Kennedy 

Le budget actuel de la Nasa n’est pourtant que de 20 milliards de dollars par an. L’effort financier sera considérable, mais il n’est pas impensable. En 1961, avant le discours « objectif Lune » du président américain John Kennedy, le budget de l’agence spatiale est de 500 millions de dollars. Cinq ans plus tard, il est porté à 25 milliards*, 50 fois plus ! Alors en pleine rivalité avec les Soviétiques, les contribuables et les politiques suivent alors le mouvement. Mais l’atmosphère a changé et le Congrès a retoqué, fin janvier, la mince augmentation du budget de la Nasa, pourtant voulue par la Maison-Blanche.

Le privé pas prêt au relais 

Alors, où trouver l’argent ? Du côté du privé et des rêves spatiaux portés par les patrons d’Amazon et de Tesla, Jeff Bezos et Elon Musk ? « Ils pourraient faire baisser une partie de la facture mais ne pourront pas s’occuper de tout, décrypte Francis Rocard. Ils ont des compétences en matière de lanceurs de fusées, mais ça s’arrête un peu là. »Autre piste : la coopération entre pays, déjà à l’œuvre avec la station spatiale internationale (ISS). “Pour les États-Unis, l’idéal serait d’être leader du projet avec une sorte “d’actionnaire minoritaire” qui apporterait 40 % des fonds, explique le scientifique français. L’Europe est fiable mais elle n’a pas l’argent, la Chine serait un partenaire idéal mais c’est politiquement impossible aujourd’hui.” Poser le pied sur la planète rouge n’est donc pas pour demain.

* Dollars actuels

Le prix d’une place de cinéma ou le coût annuel, en Europe, par citoyen, des investissements consacrés aux activités spatiales.  Aux États-Unis, ce montant est quatre fois plus élevé.

Source : European Space Agency