En moins d’un trimestre, c’est devenu l’objet le plus convoité de la planète. Conséquence économique logique : son prix a explosé. Mais cet objet basique a aussi exposé la complète dépendance de l’Europe et des États-Unis à l’égard de la Chine.

Avant la pandémie, un masque chirurgical valait de 8 à 10 centimes d’euros en France, pour un coût en sortie d’usine, en Chine, de 2 à 4 centimes l’unité. Loin des 60 centimes ("à prix coûtant") dans la grande distribution ou du prix maximal autorisé fixé par le gouvernement à 95 centimes l’unité. Inutile cependant d’accabler la grande distribution sur cette hausse de prix. Le problème vient d’une loi économique simple : l’offre et la demande.

Transport multiplié par 50

En l’espace deux mois, le masque est devenu un des biens les plus précieux de la planète au fil de l’évolution des doctrines sanitaires nationales et internationales. Michel-Édouard Leclerc l’expliquait simplement sur Twitter le 6 mai dernier : “Les tarifs à l’achat n’ont plus rien à voir avec ceux du début d’année. Le monde entier veut des masques. Résultat : nous achetons un masque 20 fois plus cher qu’il y a quatre mois. Avant, les masques arrivaient par bateaux, mais avec l’épidémie, ils arrivent par avion. Conséquence : le coût du transport est multiplié par 50 ! Et on n’est pas les seuls à vouloir utiliser ces avions : le coût moyen du transport des masques passe de 2 euros à 14 euros le kilo !” C’est la seule solution pour avoir des masques en cinq jours au lieu de 40 afin de répondre à l’urgence – et à l’impréparation des États européens. Surtout quand on se retrouve obligé d’importer sa marchandise d’Asie, seul continent capable de répondre en volume à la demande mondiale.

En Chiffres

800 000 euros

Coût estimé pour affréter un avion pouvant transporter 5,5 millions de masques entre la Chine et la France.

Far West et ruée vers l’or

Car si la Chine est l’épicentre du virus et que ses mensonges d’État ont participé à la diffusion du Covid-19… c’est aussi, et toujours, l’atelier du monde. Cet indispensable partenaire produit 116 millions de masques par jour, contre 20 millions en février.

Là-bas, “une machine à fabriquer des masques est véritablement une imprimante à billets. Imprimer 60 000 masques par jour équivaut à imprimer de l’argent”, décrit poétiquement un vendeur chinois basé à Dongguan au quotidien thaïlandais le Bangkok Post. “Le profit par masque aujourd’hui est de plusieurs centimes contre moins d’un avant la crise.

Et ce malgré une hausse des coûts des matières premières. Le prix d’achat du tissu est passé de 10 000 yuans (environ 1 200 euros) la tonne avant l’épidémie à 480 000 yuans la tonne (60 000 euros). Dans ce nouveau Far West, 38 000 nouveaux fabricants de masques ont été enregistrés. Il faut dire qu’une ligne de production (500 000 yuans/60 000 euros) est rentabilisée en… 15 jours.

Crédit photo : Guilhem Vellut, Flickr

Et les masques en tissu ?

Pour sauver la face et réduire sa dépendance à l’égard de la Chine, la France – seul pays au monde à faire ce choix – tente de produire des masques en tissu, malgré l’absence de preuves scientifiques de leur efficacité.

Mais comme pour les masques chirurgicaux, la demande est telle que les fabricants français de textile ne peuvent pas suivre : 70 millions de masques ont été commandés, alors qu’ils n’en fabriquent à l’heure actuelle qu’un peu plus de trois millions par jour, rapporte Mediapart.