L'économie était à l'arrêt pendant le premier confinement. Le deuxième était plus souple mais ne s'est jamais véritablement arrêté... Jusqu'à ce qu'on établisse un couvre-feu généralisé à 18h, puis qu'on envisage finalement un troisième confinement. Ces degrés de restrictions ont eu des répercussions plus ou moins violentes pour les agents économiques. Comment les mesurer ?

En avril dernier, le PIB avait chuté de 35%. Ramenée au mois, l’estimation rapide laisserait penser qu’un mois de confinement coûterait à l'économie française 75 milliards d’euros. Une remise en contexte est nécessaire : les modalités du premier confinement étaient particulièrement strictes et les ménages, c’est-à-dire vous et nous, n’étaient pas habitués à consommer depuis le canapé. Entretemps, les choses ont changé. Selon les estimations au 11 décembre 2020 de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

Le confinement entré en vigueur le 29 octobre à minuit devrait conduire à une contraction du PIB de -14 % par rapport à la situation pré-Covid, un plongeon deux fois plus faible que celui enregistré au mois d’avril dernier lors du premier confinement.
OFCE,

Rapport du 11 décembre 2020.

Quelle activité économique ? 

Le premier réflexe consiste à comptabiliser la baisse de l’activité économique. En France, l’indice de référence est le PIB. Il est critiqué car incomplet.

A lire : Le PIB, un indicateur partiel

Sur l’année 2020, les estimations tablaient sur une contraction de l’économie française de 10 %. Bonne nouvelle, la situation se révèle un peu moins critique. L'Insee a finalement publié son analyse, le 29 janvier 2021 : "le PIB se replie au quatrième trimestre (-1,3 %), marqué par le deuxième confinement ; sur l’année 2020, il recule de 8,3 %". Par comparaison, sur l'année 2019, le PIB avait augmenté de 1,5 %.

"La perte d'activité est bien plus modérée que celle constatée lors du premier confinement de mars-mai 2020 : au quatrième trimestre 2020, le PIB est inférieur de 5,0 % à son niveau un an auparavant (glissement annuel) alors que le recul sur un an s’élevait à 18,8 % au deuxième trimestre." 
Insee,

Comptes nationaux trimestriels – Première estimation : 4e trimestre 2020

Le postulat est le suivant : un confinement empêche en premier lieu la production de certains biens et services, puis la consommation (même si on constate qu’au fil des confinements, les agents économiques s’habituent et les entreprises trouvent de nouveaux moyens de vendre certains biens). 

Éco-mots

Choc d’offre et de demande

Perturbations provoquant une forte variation de la production et de la demande de biens et de services : quantités, prix... Le Covid-19 et ses confinements, par le ralentissement des chaînes production et les changements de consommation, combine les deux.

Mais comparer le niveau de production et de consommation entre plusieurs périodes n’est pas chose aisée. “L’ensemble de la baisse d’activité n’est pas imputable aux mesures de confinement, et l’activité aurait probablement baissé également sans mesure de confinement ” témoigne Thomas Laurent, chef de la division des comptes trimestriels à l’Insee. L’état d’esprit des familles et des entreprises peut par exemple être très différent selon la période et l’ampleur de la crise. La consommation peut fortement varier selon le niveau d’inquiétude des agents économiques, selon qu'ils anticipent ou non une crise économique importante à venir. 

Un couvre-feu, ça coûte combien ? 

La différence entre un confinement et un couvre-feu se situe au niveau du commerçant.

Dans le cas de la mesure la plus stricte, il peut être contraint de fermer complètement si son activité n'est pas essentielle. Si les restrictions sont plus souples, seule une partie de son activité est empêchée.

La grande distribution réalise 30% de son chiffre d'affaire après 17h. C'est 20% pour les bureaux de tabac et les boutiques de vêtements après 18 heures.

Concernant les aides publiques, le ministre de l'économie évoquait le 22 octobre dernier un coût pour l'Etat de l'ordre deux milliards d'euros par mois pour l'ensemble du territoire.

Il faut aussi comparer à une période dite normale. Le printemps 2019 reflétait-il la “normalité” de l’économie française ? “Pour évaluer le coût, il faut faire des hypothèses sur ce qu’aurait été l’activité sans confinement ou sans crise sanitaire, ce que ne fait pas ce simple calcul”.

Le coût pour l’Etat

Mais moins d’activité économique, c’est aussi moins de rentrées fiscales. En plus du manque à gagner sur les transactions qui n’ont pas eu lieu, l’Insee estime par exemple à 10 milliards d’euros par trimestre les reports de cotisations sociales et fiscales… Alors même que le gouvernement doit massivement soutenir l’économie et investir davantage pour la santé.

Le coût d’un confinement doit aussi intégrer les aides aux entreprises et autres efforts économiques publics. Bruno Le Maire évoquait le 30 octobre dernier le coût pour l’État de ces mesures de soutien à 15 milliards d’euros par mois confiné. Les services du Premier ministre parlaient eux de 20 milliards.

En Chiffres

15 à 20 milliards d'euros

Coût des mesures de soutien économique de l'Etat par mois de confinement.

Sans oublier les dépenses de santé, les montants dégagés par l’Assurance maladie en 2020 pour la lutte contre la pandémie s’élèvent à 10,1 milliards d'euros selon ce rapport du Sénat. Son budget a augmenté de 3,4% entre 2019 et 2020 malgré l’absence dans ce calcul des onéreux masques, blouses et tests de dépistage.

A tout cela, s’ajoutent des coûts cachés, théorisés par Alain Bauer et Laurent Cappelletti. Ces deux professeurs du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) entendent par là le temps d’adaptation à cette situation hors-norme dans le milieu professionnel : “surtemps de travail, sous-productivité et défauts de qualité en raison de conditions de travail dégradées, ‘sursalaires’ (salaires versés sans contrepartie productive) du chômage partiel ou technique”.

Selon eux, la facture ne s’élèverait plus à 75 milliards mais au double : 150 milliards d’euros par mois, soit 6% du PIB, pour le premier confinement. 

Comment réaliser de telles estimations ? 

Pour calculer l’activité économique d’un pays, les analystes, notamment, additionnent la production ou la consommation des biens et services. Selon Thomas Laurent, chef de la division des comptes trimestriels à l’Insee, la liste des produits analysés est quasiment exhaustive bien qu’il manque des indicateurs sur certains produits. 

L'exemple des masques

Le Covid-19 a fait émerger la consommation d’un bien inédit : le masque. Les économistes ne le suivaient pas jusque-là, mais vu l’ampleur de la demande dans le cadre de la lutte contre l’épidémie, ils ont été forcés de l’intégrer à leurs paramètres. Problème : où classer ce morceau de tissu médical ? “Du point de vue de notre nomenclature, c’est un bien textile. Notre source usuelle en matière de statistiques sur la consommation du textile, c’est l’Institut Français de la Mode qui n’intègre pas les masques dans ses indicateurs.” Il a donc fallu trouver d'autres sources d’information, comme les douanes et leurs données sur les importations de masques. 

Autre exemple : les chantiers de construction. L’Insee les comptabilise en temps normal à partir de la déclaration, du démarrage, puis table sur une certaine durée d’activité. Mais le premier confinement a prolongé certains chantiers, il a donc fallu revoir l’indicateur. Les analystes se basent désormais sur les heures travaillées des ouvriers, une donnée dont ils disposaient déjà mais qu’ils n’utilisaient pas dans les comptes nationaux.

Transformer des mégawatts en euros

D’ailleurs, ces analystes et leurs sources d’informations ne parlent pas toujours le même langage. L’électricité par exemple est comptabilisée tous les quarts d’heure en mégawatts. Charge à l’Insee ensuite de convertir les mégawatts en euros pour les comptabiliser dans la consommation des ménages.