Coronavirus : le confinement profite au e-commerce

En pratique

Coronavirus : le confinement profite au e-commerce

L’économie pourrait s’arrêter de tourner, ou du moins ralentir, en cette période de pandémie, mais certains secteurs bénéficient de la situation. Après les fabricants de masques chirurgicaux, c’est au tour des plateformes de divertissement de profiter des mises en quarantaine. Pour tuer l’ennui, les Chinois confinés se ruent sur les jeux vidéo, le streaming, l’apprentissage à distance et les raveparties connectées. La plateforme de e-learning Twou, a vu le cours de son action gagner six dollars en trois mois (+30%) sur le Nasdaq, une bourse américaine. L’action Netflix a de son côté profité d’une envolée de 5% pour atteindre 352 euros. 

Autre gagnant du coronavirus : les entreprises de livraison de repas à domicile. Les ventes ont été boostées de +30% à +350% en Chine pour le mois de février 2020 ! Un protocole a été instauré pour garantir une alimentation non infectée, et les colis arrivent par drone, grâce au transporteur local JD.com. 

Vente en ligne

Plus globalement, c’est le e-commerce qui en profite. L’agence de notation S&P anticipe un bond de +17% pour ce secteur en Chine alors que la croissance économique du pays devrait être nulle pour le premier trimestre 2020. Sur l’année, l’Empire du milieu pourrait perdre deux points sur les six points de croissance initialement prévus. 

Selon les acteurs du e-commerce, les produits prisés en cette période de confinement sont les jeux vidéo (Ring Fit Adventure sur Switch particulièrement), les tapis de yoga (+250% d’achats), les livres (+60%) et les préservatifs. Plus étonnant, des marques de cosmétiques se targuent de leurs ventes de rouge à lèvres, qui auraient été multipliées par sept.

Le virus affiche ainsi la capacité que nous avons aujourd’hui de consommer tout en restant chez nous, grâce à la technologie. Cette orientation précède la pandémie. Elle est notamment encouragée par la mode suédoise du hygge, qui valorise les soirées passées sous le plaid à la maison, ou la vision romantique du hikikomori, ce jeune adulte japonais qui vit retiré de la société, entouré de technologie. L’uberisation de nombreux services permet de vivre pratiquement sans sortir de chez soi, quarantaine ou pas.

Thierry Penard est économiste à l’Université Rennes 1 et spécialiste du e-commerce. Il analyse la montée en puissance des plateformes de services et de vente en ligne, et estime que les effets du coronavirus sur l’économie du numérique sont pour l’instant à prendre avec des pincettes.

Pour l'Eco : Le Coronavirus va-t-il bouleverser les habitudes de consommation à long terme ? 

Thierry Penard : Tout événement qui réduit la mobilité est favorable au commerce en ligne. En France, les grèves dans les transports et les manifestations en centre-ville ont poussé les consommateurs à acheter sur Internet. Il est encore trop tôt pour connaître les conséquences du coronavirus, même s’il pénalisera sûrement les magasins physiques. 

Mais le commerce en ligne sera également touché. Si certains Chinois ne peuvent pas se déplacer pour consommer, ils ne peuvent pas non plus se déplacer pour produire. Or beaucoup de fabricants à travers le monde dépendent des composants chinois. Et les plateformes de vente en ligne dépendent du stock des vendeurs.

PLECO : Tout le monde a-t-il accès au e-commerce ? 

TP : Les Chinois ont sauté l’étape de la carte bancaire, ils sont habitués à payer avec leur smartphone. Ceux qui sont abonnés aux services d’Amazon Prime vont y avoir encore plus recours pendant leur confinement. Néanmoins, les personnes peu diplômées ou aux bas revenus n’ont pas ces réflexes, ils sont moins à l’aise avec les technologies de l’information et de la communication. C’est la fracture numérique. 

Remettons toutefois le e-commerce à sa place. Nous avons franchi en France la barre symbolique des 100 milliards d’euros de vente en ligne en 2019 (+11,6% par rapport à 2018). Mais on oublie parfois que ça ne représente que 10% du commerce au détail. 

PLECO : Quels secteurs économiques sortiront gagnants de cette pandémie ? 

TP : Il est un peu tôt pour le savoir. Le coronavirus ne fait qu’amplifier des usages qui existaient déjà. Cet épisode va donc développer, stimuler encore plus les plateformes. 

Néanmoins on observe généralement qu’une fois l’épisode exceptionnel - comme un confinement - passé, les anciennes habitudes de consommation reviennent. Pendant les grèves fin 2019 en France, les usagers ont pris goût au covoiturage ou au vélo mais ils les ont délaissés dès que la situation est revenue à la normale. Je ne suis pas sûr qu’il y ait un avant et un après coronavirus pour le commerce en ligne.