Coronavirus : le télétravail améliore la santé mais freine la carrière

En pratique

Coronavirus : le télétravail améliore la santé mais freine la carrière

Avec le confinement en partie annoncé par le Président de la République, de nombreux Français seront confrontés pour la première fois au télétravail. Cette nouvelle organisation n’est pas sans incidences sur la santé mentale et physique, mais elle peut aussi présenter des avantages. Ceux qui y ont recours seraient plus “sereins” dans leur vie.  

Ce lundi 16 mars, une grande partie de la population active (28,1 millions de personnes) s’est confrontée à cette nouveauté : le télétravail. Pour 1,8 million des salariés (7 %) travaillant régulièrement chez eux (Dares, 2019), c’était une journée presque comme les autres. Le boulot à la maison est devenue la norme avec le confinement imposé par le coronavirus. La menace d’épidémie est en effet un des rares occasions inscrites dans le Code du travail où l’employeur peut obliger ses employés à télétravailler.

“Le télétravail n’est pas une option, il est automatique dès lors que l’entreprise fournit des ordinateurs portables.”

a rappelé Muriel Pénicaud, ministre du Travail, mardi 17 mars 2020.

S’organiser un espace de travail confortable

Le Covid-19 ralentit en profondeur l’économie mais certains secteurs n’ont pas encore baissé le rideau, notamment grâce au télétravail. “Au moins un tiers des travailleurs peuvent continuer leurs activités” depuis chez eux pendant le confinement, estime Sophie Mariani-Rousset, chercheuse en psychologie à l’Université de Franche Comté, auteure d’une étude sur le télétravail. Mais ce n’est pas sans conséquence : “On oblige aussi ces gens à changer le fonctionnement de leur travail, sans préparation, par des moyens techniques dont ils ne disposent pas forcément (matériellement et au niveau des connaissances).

Pour le télétravailleur occasionnel (ou forcé), le confort du bureau n’est pas aisément reproductible à la maison. Il faut de la place, du mobilier et du matériel adaptés à chaque métier. Le télétravailleur doit prêter attention aux petits détails qui pourraient lui gâcher la vie : un ordinateur mal positionné causant des douleurs cervicales, un manque de lumière occasionnant des maux de tête ou une absence d’activité physique, entre autres. En cas de blessure, le télétravailleur est protégé au même titre que le salarié exerçant au siège de son entreprise. Cela peut être considéré comme un accident du travail.

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“Baisse du stress et de la fatigue”

Le télétravail peut aussi avoir des effets positifs sur l'amélioration des conditions de travail : “80% des enquêtés [qui télétravaillent un à deux jours par semaine, ndlr] ont constaté une baisse du stress et de la fatigue. Ils évoquent un plus grand confort physique (matériel adapté à leur posture) – voire une amélioration de leurs problèmes médicaux”, estiment Sophie Mariani-Rousset et son collègue géographe Patrice Tissandier. Dans leur étude, les deux chercheurs de l’Université de Franche-Comté vont même plus loin : ces salariés marchent plus, et sont donc en meilleure forme physique. 

Faire face à l’isolement professionnel

Les professionnels s’accordent à dire que les risques du télétravail sont plutôt “psychosociaux”. Parmi eux, la “responsabilisation” peut engendrer une pression accrue. Cet aménagement du temps de travail est souvent considéré comme une marque de confiance de l’entreprise au salarié. Pendant cette journée à la maison, il faut parfois “prouver” à son supérieur que l’on travaille vraiment. Il faut aussi garder le lien avec les projets en cours. “L’absence de collègues vient en effet au premier rang des inconvénients, surtout pour les personnes qui sont à temps plein à domicile”, appuient trois chercheuses canadiennes (Diane-Gabrielle Tremblay, Catherine Chevrier et Martine Di Loreto). Le manque de communication freine en effet la bonne progression des tâches. 

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Les risques sont aussi sociaux. “Globalement, plus d’un ou deux jours de télétravail par semaine pourraient engendrer un sentiment d’isolement et des difficultés de communication : on voit ici la place essentielle de la ‘communication informelle’ que le travail au domicile restreint” reprennent dans leur étude les chercheurs franc comtois. Et cette situation peut entraîner un “manque de possibilités d’avancement de carrière et la réduction de l’influence au bureau”, souligne l’étude canadienne. 

Du temps gagné pour la famille ?

Si les télétravailleurs créent moins de relation avec leurs collègues, ils se rapprochent in fine de leur famille. Pour Sophie Mariani-Rousset : “les testés [de l’étude] étaient beaucoup plus sereins : davantage de sommeil, pas de stress de transports, possibilité de gérer son temps, personne sur son dos, possibilité d’aller faire des courses, chercher ses enfants à l’école, manger chez soi, profiter de son jardin, etc. Mais… ce temps gagné est généralement compensé par un surcroît de travail”. 

Les cadres qui télétravaillent deux jours par semaine effectuent en moyenne, selon l’Insee, 43h de travail hebdomadaire. Réaliser des tâches professionnelles entre 20h et minuit n’est pas rare non plus pour ces profils, ce qui les différencie des salariés sur site.

Pourquoi ? “À la fois parce que les télétravailleurs continuent d’avoir un cadre horaire de travail et se sentent moins fatigués”, répond la chercheuse en psychologie “mais aussi parce qu’ils se font taquiner par leurs collègues leur disant qu’ils ‘se la coulent douce’.” Une plaisanterie qui ne s'accommode pas tout à fait avec la réalité : la concentration et la productivité - quand elles ne nécessitent pas de travail collectif - s'accroissent avec l’isolement à la maison. 

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Crédit photo : Joris VAN GENNIP/LAIF-REA