Coronavirus : le vrai coût des crises sanitaires mondiales

En pratique

Coronavirus : le vrai coût des crises sanitaires mondiales

Le Coronavirus s'est rapidement inscrit ainsi dans la liste des pandémies les plus marquantes de ces 25 dernières années. Entre les coûts pour les finances publiques et les incidences sur les entreprises, combien ça coûte, une pandémie ?

Publié le 31 janvier 2020, mis à jour le 12 mars 2020.

Trois mois après le début du Coronavirus, les conséquences économiques sont déjà palpables aux quatre coins du globe. Les mises en quarantaine, en Chine notamment, ont mis à l’arrêt les chaînes de production, révélant la fragilité du commerce mondialisé.

Par crainte d’un ralentissement d’activité sur le long terme, le cours du pétrole s'est effondré de 25 %. Les places financières mondiales cèdent aussi. Un krach a fait perdre 8,39 points à l’indice français CAC 40 en une seule journée, lundi 9 mars. Il lâchait encore 12,59 % le 12 mars.

Pour juguler la contagion économique et soutenir l’activité, les banques centrales sont au diapason. La réserve fédérale américaine (Fed) a baissé ses taux d’intérêt de 0,5 point et annoncé relever sa participation quotidienne dans le marché financier à 150 milliards de dollars. La Banque centrale européenne suit timidement : elle débloquera 120 milliards d’euros supplémentaires d’ici la fin de l’année. Les États tentent à leur niveau d’aider les entreprises en envisageant des baisses d’impôts ou en finançant le chômage partiel, notamment en France.

Résultat, la banque américaine Morgan Stanley prévoit, dans le pire des scenarii, un ralentissement de la croissance mondiale à 2,1 % sur l’année.

Bref, l’économie tousse et tout cela coûte des milliards d’euros. Il est encore impossible de savoir quelle sera l’addition de cette pandémie. Mais les derniers virus peuvent nous éclairer sur le coût final du Coronavirus, finalement relevé au statut de pandémie par l'Organisation mondiale de la santé ce mercredi 11 mars.

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10 pandémies en 25 ans

Près de soixante milliards de dollars, c'est ce que coûterait chaque année les pandémies aux finances publiques internationales. Une étude réalisée en 2016 par la Commission sur un cadre mondial de gestion des risques sanitaires pour l'avenir (CGHR) s'est basée, pour ce calcul, sur les 5437 milliards dépensés au XXe siècle. A cela, et pour tenter de déterminer le coût total d'une pandémie, il faut ajouter ses incidences sur l'économie mondiale. 

Le coronavirus s'ajoute à la liste des 10 pandémies qui ont frappé le monde ces 25 dernières années. Elles ont eu des répercussions plus ou moins lourdes sur les économies : 

  1. la peste en Inde (1994), 
  2. le virus du Nil occidental (1999), 
  3. la dengue, 
  4. le chikungunya, 
  5. la maladie à virus Ebola (2013-2016) 
  6. la maladie à virus Zika (2015-2016), 
  7. la grippe aviaire H5N1 (1997), 
  8. le virus Nipah (1998-1999), 
  9. le syndrome respiratoire aigu sévère (2003),
  10. et la grippe H1N1 (2009). 

L'impossible estimation de l'investissement sanitaire 

La dernière, justement, avait eu de sévères répercussions sur le budget français. La commission des Finances du Sénat avait évalué le coût de la grippe A/H1N1, pour les seules finances publiques, entre 1,8 et 2,2 milliards d’euros (supportés par l’Etat et l’assurance maladie). Voici le détail :

Le gouvernement et surtout la ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot, ont été mis en cause. La campagne de vaccination a été un échec : sur les 94 millions de doses commandées, seules 6 millions de personnes sont finalement venu se faire piquer. Plus de 18 millions de vaccins ont été détruits (alors que l'OMS avait déjà bénéficié de 12,6 millions de ces doses et que 314 000 ont été revendues au Qatar et à Monaco).

En même temps, comment ne pas surestimer l’ampleur d’une épidémie ? Le rapport du CGHR cité plus haut préconise à la communauté internationale d’investir, en prévention, 4 milliards de dollars par an : “Si l’on ne sait jamais combien il faut réellement investir pour la gestion de ces crises sanitaires, cet argent préventif servira toujours à bon escient, ne serait-ce que pour contourner la résistance microbienne ou lutter contre d’autres épidémies”.

Contamination des marchés financiers

En plus des coûts sanitaires assumés par les pouvoirs publics, pour bien mesurer l'ampleur économique d'une pandémie, il faut mesurer les incidences sur le commerce international. En 2003, un virus de la même typologie que le coronavirus actuel avait fait 648 morts en Chine. Dans la foulée, la croissance économique du pays avait baissé de deux points. Au-delà des frontières, il avait tué 126 personnes. Le manque à gagner mondial avait été évalué à 40 milliards de dollars (36 milliards d’euros), soit 0,1 % du PIB mondial de l’époque. Nuance toutefois, les Etats-Unis venaient d’envahir l’Irak, rajoutant un climat délétère pour le commerce international. 

PIB mondiale et pandémie

Épidémie rime-t-elle systématiquement avec crise économique ? Oui, répondent des experts du FMI. Ils prennent pour exemple le cas du Libéria en 2014, touché par Ebola. Alors que le taux de mortalité est resté limité selon eux (8,5 pour 1000 personnes), la croissance économique a chuté passant de quasi 9% en 2012 à une récession (-2%) fin 2015. 

En Chiffres

+ 2,1 %

Croissance mondiale prévue pour 2020 dans les multiples scénarii projetés par la banque américaine Morgan Stanley, la pire depuis l’éclatement de la bulle spéculative en 2009.

Cette crise mondiale rebat les cartes du jeu économique. Certaines entreprises en sortent d’ailleurs particulièrement leur épingle. Elles bénéficient du confinement ou du besoin de médicaments et de masques.

Ceux qui bénéficient traditionnellement de ces crises sanitaires sont les industriels du secteur. Le laboratoire pharmaceutique Sanofi, en charge de fournir les vaccins contre la grippe H1N1, avait augmenté de 18% son résultat net en 2009 par rapport à l’année précédente (et +30% pour ses bénéfices). Quant au fabricant de masques japonais Kawamoto, il a multiplié sa valorisation en Bourse. Alors que son action stagnait à 434 yen à Tokyo avant le nouvel épisode de coronavirus, il en vaut 3795 yen le 31 janvier 2020 avant de redescendre à 1365 mi-mars, près de trois fois sa valeur de 2019.

Courbe des actions de Kawamoto au 29 janvier 2020

Crédit image de couverture : ©Utuku/ROPI-REA